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Days of Daze [Seul]

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MessageSujet: Days of Daze [Seul] Ven 24 Avr 2015 - 14:20



feat. Myself


Days of Daze

Frozen Warning


"Au prochain dérapage, un procès à Era t’attend."








En février, lorsque l’hiver mortifère mord encore, chacun se couvre, chacun se protège des pièges climatiques. Ce beau soleil est aussi glacial que la lune, le bleu du ciel symbolise sa température. Traître, l’astre échauffe les êtres et les choses mais il suffit d’un coup de vent, d’un nuage, pour que ce qui se complaisait dans sa chaleur sans âge soit prisonnier d’un froid duquel il ne peut réchapper. Le gel s’infiltre partout, prédateur, vampire de douceur. Parfois même, avec un plaisir sadique, il donne l’illusion de la chaleur par une brûlure. Un paradoxe pernicieux. Une blessure pouvant provoquer douleur voire flétrissure.    
Ce jour-ci, la ville de Magnolia était dans cette conjonction climatique. Il devait être midi et un soleil perfide dardait ses rayons sur une terrasse. Malgré leurs habits adaptés à la saison, les habitants s’étaient parés de leurs lunettes de soleil ainsi que de leur sourire. Ils étaient attablés, en famille, en couple ou entre amis. Les mains posées sur les tables métalliques, ils plaisantaient, riaient. Tous ensemble. Innocents. Naïfs, peut-être. Idiots dans leur candeur.
Les gens sont bêtes. Un principe immuable.





Parmi les clients sirotant chocolats, cafés ou d’autres breuvages chauds, il n’y en avait qu’un qui sortait du lot. Un alien. Un jeune homme dont la chemise, placée sous un blazer noir, était largement ouverte sur son torse. Ses yeux gris, aussi nébuleux qu’à l’accoutumée, se balançaient tranquillement dans leurs orbites, jetant des regards moqueurs aux gens. Cette simple barrière du regard suffisait à repousser toute sorte de curieux ou de fans…
A vrai dire, en tant que mage de rang S de Fairy Tail, Erial Alternost avait obtenu une certaine notoriété… Surtout dans la ville où était implantée la guilde. Même s’il les évitait le plus possible, l’Ice Maker n’avait pu échapper à ces abrutis de reporters qui avaient cherché des potins à raconter sur sa personne. Cela dit, le mage de glace avait utilisé son arme la plus puissante : sa verve ! Passé maître dans l’art du sarcasme et du jet de vitriol, il avait, sans aucun scrupule, discrédité et ridiculisé les gêneurs et leur profession.
Pauvres débiles, qui s’étaient empourprés et s’étaient roulés dans leur inutile bile stérile.
Comme si Erial avait de petites anecdotes à raconter…

Ce comportement insolent finirait par lui causer des problèmes, c’était une certitude… Nul n’aurait su prouver le contraire. Mais, à vrai dire, ce n’était pas comme s’il s’en souciait…
Il s’étira sur sa chaise, soupira, fermant les yeux…
Vraiment, être un mage de glace avait ses avantages… L’on pouvait profiter des rayons du soleil sans être importuné par le vent hivernal… De plus, il était tout à fait normal, pour Erial, de boire un café frappé par tout temps. Et ça, c’était un luxe dont il pouvait se vanter !
Alternost se pencha en arrière jusqu’à ce que le dossier de sa chaise soit plaqué au mur. Il croisa ses mains derrière sa tête et se mit à penser à tout ce qu’il avait traversé avec ce bon vieil Ice Make… Désormais, utiliser une autre magie lui paraissait bien désuet. Ce pouvoir était définitivement son apanage. Il lui seyait à merveille. Ses précédentes capacités, qu’elles lui paraissaient ridicules et vieilles ! Cet artefact, assimilé lors d’une promenade au temple de Galuna, l’avait transformé à son contact. Bien que peu motivé à l’idée de le recevoir, Erial, aujourd’hui, remerciait l’orbe attentatoire. Grâce à celui-ci, il avait pu vomir et souffrir ! Mais aussi s’affranchir et grandir…
Soudain, une voix le tira de ses pensées et de l’ironie dont elles étaient agrémentées.


- Oi ! Alternost, réveille-toi !

Une paupière à demi-ouverte, rideau donnant sur le théâtre de l’illusion et du dédain y répondit. Cette voix, l’intéressé la connaissait et ne l’accueillait pas avec joie. C’était celle du Lieutenant Starford, un des militaires permanents de Magnolia. Habitué à traiter avec les mages de Fairy Tail, ce petit chef prenait un plaisir tout particulier à mener quelques joutes verbales avec Erial. Armure reluisante, recrues à sa suite et épée au côté, il était le parfait exemple de l’officier d’esbroufe, cherchant à exercer une autorité pédante et frustrée. Sa touffe de cheveux noirs coiffée en brosse ainsi que son visage carré et ses sourcils guerriers lui donnaient tout de même un semblant de prestance dont il s’enorgueillissait. Étrangement, une image particulière frappait l’Ice Maker dès qu’il le voyait : celle d’un pélican gonflant sa gueule ridicule de son propre vomi. C’est comme ça qu’il le surnommait, d’ailleurs. Le Pélican. Le fait de ne pas comprendre pourquoi le mage de glace l’appelait ainsi énervait Starford… Et c’est bien pour cela que ce dernier ne manquait pas une occasion pour le surnommer de la sorte !
Cela dit, paradoxalement, Alternost appréciait, d’un autre côté, la compagnie du Lieutenant Runique. C’était un idiot classique, certes, mais il savait être caustique. Or, quoi de mieux pour plaire à un maître de l’échange de piques ?


- Oh… Yo, soldat Pélican. Que faites-vous ici ? Vous faites prendre le soleil à votre armure ? C’est vrai qu’elle devait croupir dans sans armoire… Un café ? Vous devez être éreinté après votre… Hum… Difficile et… Éprouvante… Besogne, déclama le jeune homme aux cheveux bleus, affichant une figure faussement reconnaissante et impressionnée.

Seulement, dans ce masque, deux trous avaient été délibérément creusés. L’un au niveau des yeux, dévoilant deux orbes métalliques tranchant d’incrédulité ; l’autre au-dessus de la bouche, révélant un demi-sourire qui n’était plus à présenter tant il était célèbre dans le monde des mimiques d’Erial Alternost.
Peut-être parce qu’il était une des seules expressions dont cet être froid comme sa magie était capable ?
Ça, c’est ce qu’il aurait voulu faire croire à tout le monde. C’était puéril, banal et sûrement risible, ce mécanisme primal mais pourtant invincible. Néanmoins, Alternost se demandait si ce masque ne fondait pas sur sa peau. En réalité, il ne s’agissait pas réellement de semblants d’indifférence ou d’émotivité… Plus de deux manières de réagir tout à fait différentes et cohérentes. A l’illusion que l’on pouvait s’imaginer au premier abord, se substituait en réalité une fission de la personnalité en un duo de parties distinctes. Sans pour autant en être bipolaire, l’Ice Maker, en réalité, était un homme à deux visages plutôt qu’à deux masques. Loin, désormais, de l’acteur capable de travestir son esprit en un autre, il était devenu le gestionnaire méthodique qui sait l’art de compartimenter les choses.
Et c’était bien ainsi. Comme il se portait, Erial disposait de protections mentales. Maître des clairs-obscurs, il donnait presque inconsciemment un aperçu différent de lui-même à chaque catégorie de personnes. Parfois, même, il s’épanchait en demi-teintes pour donner un soupçon de mystère, un arrière-goût d’étrangeté, un écho de secret au portrait psychique que dressaient ses interlocuteurs de lui-même. Bien sûr, des zones d’ombre demeuraient, ténèbres épaisses dans lesquelles s’engluaient les pauvres fous tentant de les lever. Et les paroles crachées par le mage de glace, chaque phrase équivalant à mille couteaux, contrecarraient la curiosité de ceux qui s’étaient aventurés sur ce terrain nappé d’un sirop de défiance.  
Mais Starford le sortit de ses pensées.


- C’est Lieutenant Starford, corrigea-t-il tout en se penchant sur la table d’Erial au point que ce dernier put sentir son souffle sur son visage.

C’était quoi, ça ? Une tentative de menace ?
L’Ice Maker se contenta de sourire devant cet effroyable spectacle qui lui aurait presque donné des sueurs froides tant cet homme était impressionnant…
Ce dernier ne le remarqua pas, aveuglé par son auto-persuasion, et reprit :


- Et, non. J’ai même pas besoin de répondre à tes provocations cette fois-ci parce que…

Il faisait durer ce « parce que » en insistant sur le « e ». En parfait imitateur, Erial tendit le cou, fit s’élargir son sourire et écarquilla les yeux :

- Euuuuuuh..., fit-il à l’unisson avec l’officier pour le ridiculiser, provoquant le rire de ses hommes.

- Parce que je suis là pour toi ! (il se fendit d’un silence théâtral) Ne me regarde pas avec ce sourire débile, tu vas vite déchanter… Ça fait quelques temps qu’on a un œil sur toi et le Conseil commence à en avoir marre de ta conduite en mission… T’agis de manière complètement chaotique, contournes la loi… Bref, tu te fous des règles.

Oh… Alternost pouvait accorder un point à Starford : son pseudo-suspense valait le coup, finalement. Il resta de marbre mais se mit à réfléchir à ce que le Lieutenant Runique entendait par « contourner la loi »… La dernière besogne effectuée consistait à intercepter un convoi d’explosifs fonçant droit sur une ambassade d’Akane. La mission en question était une urgence, et, trop lent, l’Ice Maker avait dû voler une moto afin de rattraper le chariot infernal lancé en pleine pente. Cela dit, bien que gelées, les roues de ce dernier n’avaient pas suffi à l’immobiliser à temps et, dans un geste désespéré, Erial avait sauté de son véhicule en marche pour dévier la trajectoire du convoi qui avait fini au fond de la mer. Utiliser sa magie lui aurait pris trop de temps et aurait été tout simplement trop ardu.
Bien évidemment, la moto subtilisée s’était également abîmée dans les eaux de la Mer de Quan…
C’était peut-être ça que Starford appelait « se foutre des règles »… ?


- Mais, au final, le boulot est fait, non ? Jamais personne ne s’est plaint de mes services. Le reste n’est que… Mm… Dommages collatéraux nécessaires… M’voyez ?

- « Dommages collatéraux nécessaires »… Epargne-moi tes formules bidon. Vols, destructions de biens, escroqueries, viols de règlements intérieurs… Bref, au prochain dérapage, un procès à Era t’attend.

Un procès à Era ? Devant les Conseillers ? Pour avoir rempli sa mission coûte que coûte ? Pour avoir voulu fait ce que sa tâche de mage officiel lui incombait ? Pour s’être donné les moyens de contenter les commanditaires et gagner sa vie ?
Pour ça, on le menaçait d’être traîné en justice ?
Mais quel jugement pouvait-on rendre pour de telles ridicules exactions nécessaires à l’accomplissement d’une tâche beaucoup plus grave ? La prison ? Alors que certains des brigands n’étaient même pas pris en charge par les forces armées une fois leur compte réglé par les mages de guilde ?
Et puis, qu’aurait dû faire Erial, alors ? Laisser le chariot dévaler la pente, s’écraser contre l’ambassade en plein centre d’Akane, exploser et tuer des dizaines de personnes lui compris ?
Non, non et non. Jamais. Si le cerveau des Bouffons Runiques était trop atrophié pour comprendre ce que signifient les mots « action », « évaluer » et « risque », tant pis pour ces mollusques ! Ce n’était pas pour leurs beaux yeux bovins que le Tumultueux changerait ces méthodes (ni quoi que ce soit d’autre, d’ailleurs) !


- Ben voyons, soldat… On voit que c’est pas vous qui faites le sale boulot… (il désigna ensuite les hommes de Starford) Ça vaut pour vous aussi, la bleusaille.

Subordonnés comme supérieur s’empourprèrent, vexés. Fier de lui, le mage de glace partit dans un grand rire glacial. Les militaires sont si susceptibles… Dès qu’il s’agit de grades ou de remise en question, leur petit égo est tout chamboulé… C’est à en croire qu’il faut être affublé d’un sérieux complexe d’infériorité pour pouvoir intégrer les rangs de l’Armée de Sa Majesté…
Autour du mage de Fairy Tail et de la petite délégation, clients comme passants se mirent à sourire. A vrai dire, Starford et ses hommes jouissaient d’une certaine impopularité, réputation sûrement née en partie des piques de l’Ice Maker.


- Alternost ! Je vais pas tolérer ça longtemps ! Alors calme tes ardeurs ou je m’assure de… Uh ?

Sous le nez du Lieutenant, un magma de glace se structurait petit à petit. Très vite, il forma une structure cylindrique qui s’affina tout en se dressant. Enfin, au bout de celui-ci, bien placé et juste assez grand pour empêcher les deux interlocuteurs de se voir, la main de l’hiver se présenta comme une fleur. Tous ses doigts étaient repliés sauf le majeur, dressé avec véhémence pour se planter directement dans l’orgueil grotesque de l’officier.
Lorsqu’il comprit, il passa très rapidement du pourpre au rouge et balaya d’un geste rageur la charmante création laissée par le rang S qui déjà s’éloignait tranquillement.


- ALTERNOST !

Les badauds sursautèrent, intimidés par ce beuglement colérique.
Mais, imperturbable, son demi-sourire bien en place sur son visage, Erial reprit le symbole de sa création en tendant son bras derrière lui avant de répondre d’un ton faussement enjoué, sans se retourner :


- Allez vous faire foutre et bonne journée !

Quel beau soleil d’hiver… Lui qui représente un danger dont on est si inconscient…
C’est encore pire lorsque l’on est immunisé au froid…



© Code de Anéa pour N-U

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MessageSujet: Re: Days of Daze [Seul] Ven 24 Avr 2015 - 14:31



feat. Myself


Days of Daze

Frozen Failure


"Un mage noir, même un petit mage noir, reste un être dangereux auquel on ne peut jamais se fier. On ne peut pas raisonner ces choses-là. Elles sont aliénées. Toutes aliénées."








Le lendemain, Erial partit dès l’aube en mission. Pour s’éviter un passage à la guilde qui l’aurait retardé, il avait prévu le coup et prit l’affiche la veille, au soir.
Les rayons rosés du soleil levant l’accompagnaient alors qu’il sortait de la ville. Derrière lui, en contrebas, Magnolia s’éveillait lentement alors que l’astre diurne commençait à poindre derrière le l’horizon, faisant resplendir sa chevelure bleutée comme l’eau du lac Sciliora qu’il longeait. Haurjion ne se situait qu’à quelques heures de marche, il y serait dans l’après-midi. A vrai dire, le Tumultueux évitait le plus possible les trains. Ces serpents de fer dans lesquels s’entassaient des dizaines de personnes… Il n’aimait pas ça, c’était monotone. Être conduit bêtement sans même sentir le voyage privait ce dernier de tout son charme. L’Ice Maker aspirait à l’indépendance et à la tranquillité. Or, comment se sentir libre et pouvoir se plonger dans l’introspection lorsqu’on se trouvait dans telle calamité ?
Voilà qui était tout simplement impossible. Alors le jeune homme battait les sentiers, négociait le terrain irrégulier de la forêt ainsi que celui de son esprit. Eviter les racines de toutes sortes, slalomer entre les obstacles, rebondir pour ne pas subir un quelconque traumatisme. C’était ça, sa vie. Une sorte de randonnée quelque peu ardue et éreintante. L’on n’en voyait jamais le bout, l’on avait souvent envie de s’arrêter mais l’on continuait inlassablement, mû par une sorte de volonté inconsciente…



Comme souvent, les souvenirs de sa sœur vinrent hanter l’esprit de l’Ice Maker. Il ne s’écoulait pas un jour sans qu’il ne revoie ce démon lui étant lié par le sang s’en vider, cloué au sol par la glace. Irina Alternost était morte… Pourtant, pour Erial, jamais elle n’avait été aussi vivante, apparaissant dans ses rêves comme dans ses pensées. Parfois, sans qu’il ne le veuille, l’image actuelle de cette sœur haïe s’imposait à lui. Alors, il contemplait son œuvre, admirait le cadavre décomposé juché de vautours festoyant avec avidité. Des lambeaux de chair pendant des deux côtés de leur bec, ils observaient, méfiants, la conscience vagabonde du meurtrier. Comme si celui-ci allait soudain bondir pour écarter les volatiles. Comme si une folie repentante s’apprêtait à planter ses griffes dans son âme.
Mais il n’en était rien.
Le Tumultueux, malgré tout, ne regrettait rien de ses actes. Ce qui était fait l’était. A l’encre indélébile, un trait épais, noir et cruel avait été tracé dans l’Histoire. Erial Alternost était un assassin. Point. Voilà tout. Un assassin. Ni plus ni moins. Il en était ainsi du destin de bien des Hommes et l’auteur de génie maître de cette plume n’avait sûrement même pas fait attention à ce qu’il écrivait tant cela se trouvait être insignifiant. Au meilleur des cas, un « tant pis ». Au pire, un bâclage de sa besogne.
Mais quelle importance ? Au final, le mage de glace péchait par arrogance à exagérer la gravité de ses actes passés. Ce n’était jamais qu’une vie ôtée. Un trépas parmi tant d’autres. Les êtres vivent et meurent. Ils survivent un maximum de temps, suppriment les autres s’il le faut. Ils chassent, ils se battent. Les plus forts subsistent, marchant sur les ossements des plus faibles. Ainsi s’organise la vie. Cruelle vie, cruelle nature. Cela dit, cette dite « cruauté »… N’était-elle pas l’invention de l’Homme ? Cette créature assez bête pour se brider, pour élaborer des principes, soulever la question de l’éthique… Elle était la seule perdante dans l’histoire. Toujours à se morfondre, à se tordre, ligotée par des sentiments complexes. Qu’elle est pathétique, ainsi étendue dans la fange alors que l’aigle, fier et libre, saisit sa nourriture tout en restant aussi majestueux dans le ciel ! La plus bête des bêtes. Et c’est elle qui a inventé ce terme pour désigner les autres…
Mais…
Non…
Cette histoire de sororicide ne pouvait pas se résumer à ça ! Comment pouvait-on simplifier les choses à ce point ?
Ah, oui.
Il suffit de vouloir se rassurer…


• • •

Comme prévu, Erial arriva à Harujion au milieu de l’après-midi. A l’instar de la veille, le temps était ensoleillé. Même en plein hiver, cette cité était un petit havre de douceur. Les habitants bavardaient gaiement, les oiseaux chantaient, et cætera. Bref, tout était pour le mieux.
Le rang S longeait tranquillement la mer, se frayant un chemin à travers la foule, houle humaine près de son pendant bleu-vert. Son port dans le port annonçait sa façon d’être. Un sourire narquois, une tête balayant lentement son entourage comme un radar cherche à débusquer quelque faute, des yeux aussi gris que son humour était noir. Autour de l’Ice Maker, l’architecture était tout à fait charmante, appelait au farniente : de pittoresques constructions de bord de mer aux toits débordant comme les vagues sur le sable et aux lambrequins imitant l’écume sur lesdites vagues. Les couleurs étaient vives, gaies. Les teintes de rose, de vert et de bleu semblaient se prélasser au soleil et catalyser sa lumière. Eclatante de par ces gemmes, ce petit bijou de ville exhalait un charme au parfum d’iode et de chaleur…

Alternost sortit de sa poche l’ordre de mission et déplia le papier. A coups d’œil furtifs (pour ne pas percuter quelqu’un ou quelque chose), il s’assura bien de son objectif : protéger une banque ayant reçu des menaces quelque peu inquiétantes. Cette dernière se situait sur la corniche, au plus proche des navires commerciaux et de leurs hauts capitaux. Après tout, les requins cherchent la proximité de l’eau…
Rapidement, il bifurqua sur la droite et s’approcha d’un grand établissement nommé « Sea Bank ». Il haussa un sourcil à la vision de ce nom extrêmement recherché et passa la porte. L’intérieur possédait la modernité qui sied tant à ce genre d’entreprise. Sobre, lisse, aseptisé. Si bien que c’en était suspect. Des petits palmiers confortablement installés dans leur pot semblaient tendre leurs feuilles pour accueillir les visiteurs alors qu’une immense fontaine d’intérieur, placée au centre de la salle, les attirait de ses chuchotements séducteurs. Derrière les multiples comptoirs, les guichetiers s’affairaient, bavant des humeurs doucereuses sur la tête de leurs clients. Ces derniers, du reste, étaient légion ! Après tout, la Sea Bank ne semblait pas être une petite institution : le hall d’entrée seul occupait aisément la surface de trois ou quatre maisons alignées !
Le mage de Fairy Tail demeura immobile quelques instants à observer son environnement. Et on lui rendit cette considération. Tenue décente exigée, peut-être ? Bah, ils se contenteraient de sa chemise ouverte. Cela apporterait un peu de fraîcheur dans ce monde guindé… Peut-être bien que ces demoiselles en tailleur désiraient un peu de décontraction. Erial Alternost, un tentateur ?
Hum…
Non, ça ne correspondait pas vraiment à son personnage.
Il soupira et, faisant fi des regards, se dirigea vers ce qui semblait être un agent de sécurité. A voix basse, il se présenta :


- Bonjour. J’suis Erial Alternost de Fairy Tail (il pencha la tête sur le côté pour exposer le symbole de la guilde). Votre patron a demandé des renforts pour vous aider à faire votre boulot, non ? Eh bien, m’voilà.

Le vigile, stoïque, se contenta d’hocher la tête et lui fit signe de venir. On accompagna l’Ice Maker à travers un dédale de bureaux derrière les guichets avant de s’engouffrer dans l’un d’eux. Derrière un meuble sombre où s’entassaient des gratte-ciel de papier, une femme au visage ciselé par les affaires leva les yeux derrière ses lunettes.

- Madame, le mage de Fairy Tail que vous avez demandé, annonça la voix monotone de l’employé.

La patronne adressa un petit sourire poli à l’homme et le congédia avant de souhaiter la bienvenue au Tumultueux :

- Merci d’avoir répondu à ma requête. Vous êtes M. Alternost, non ? (elle se leva pour lui serrer la main) J’apprécie beaucoup votre façon d’être.

Elle désigna d’un index noueux un exemplaire du Sorcerer Magazine… Le mage de glace eut, l’espace d’un instant, peur d’être tombé sur une vieille femme cougar. Une fugace expression de dégoût put en témoigner, mais, fort heureusement, elle ne fut pas remarquée. Cependant, rapidement, le jeune homme se ressaisit, à la fois honteux et amusé d’avoir porté de telles pensées à la professionnelle se tenant devant lui. Après tout, la « façon d’être » d’Erial faisait sûrement référence à son insolence caustique face à la communauté journalistique… Dire que le but de cette manœuvre était, à la base, de ne pas passer pour une sorte de petite starlette.
Pff… Au final, ces cons du Sorcerer avaient bien réussi leur coup. « Les coups de gueule d’Erial », ça allait être leur nouvelle rubrique ? Il voyait déjà les hypothèses fumeuses et la plume tordue de ces geôliers littéraires médire sur sa personne… Non pas qu’il s’en souciait, dans l’absolu. Mais devoir répondre à des accusations infondées allait vite, très vite l’énerver…


- Ouais, c’est moi… Merci pour les compliments… Si on peut appeler ça des compliments… Enfin. Du coup, vous m’expliquez ce que je fais là ? demanda-t-il.

Celle qui semblait, à vue de nez, avoir une cinquantaine d’années, parut quelque peu déstabilisée par le franc parler et le manque de bonnes manières du Tumultueux.
A vrai dire, ce dernier n’était jamais très loquace avec de telles personnes. Il n’avait aucun intérêt à s’en moquer alors à quoi bon… ? Pour ce qui était de la politesse, il s’en contrefichait. C’était une perte de temps et enjoliver ses phrases de niaiseries hypocrites ne l’intéressait pas le moins du monde. Il n’en avait pas envie. Et tant pis si les gens le pensaient rude. Ca les dissuaderait de venir lui coller aux basques, au moins. Qu’il s’était aigri ! Qu’il était devenu abrupt avec l’expérience !
Ses cheveux grisonnants donnant un air plus carré à son visage, le chef d’entreprise se rassit et invita son invité à faire de même. Proposition qu’il déclina d’un geste.


- Ah, vous êtes du genre à en venir aux faits… Soit, constata-t-elle en souriant. La jeunesse ne doit pas avoir froid aux yeux, après tout… Pour ce qui est de votre travail, il est très simple. Parmi nos clients se trouve un riche commerçant de Minstrel. Il a demandé un crédit que nous lui avons accordé. Cela dit, récemment, il a fait faillite, sa flotte ayant été sabotée par un de ses concurrents. Oui, voyez comme le monde des affaires est beau… Bref. Or, nous ne couvrons pas ce genre d’accident. Vous vous imaginez sans doute la suite, non… ?

Erial grimaça devant l’exposé du commanditaire. Ce milieu était un véritable enfer où chacun s’entretuait à la moindre ouverture pour s’enrichir le plus possible… Et lorsque tout cet empire bâti sur les cadavres des autres s’effondrait…

- Il est bouffé par ses dettes et réclame à en être exempt ?

- Exact. Sauf que c’est un mage et désormais, il…


Son discours fut interrompu par des cris stridents. Les deux interlocuteurs se regardèrent, yeux écarquillés. Alternost se retournait pour se mettre à courir lorsqu’un silence de mort s’imposa, souverain antithétique du monde des sons.
Une voix d’homme le brisa soudainement, fébrile et irrégulière. Le mage de Fairy Tail, lentement, plaqua son oreille contre la porte pour mieux entendre ce qu’il se disait :


- Dettes… Désolé… A la rue… Argent… Tout sauter !

Il fit la moue et se retourna vers la vieille femme, ses cheveux bleus l’accompagnant dans son mouvement. Elle avait la chance de posséder un bureau au rez-de-chaussée…

- Sors par la fenêtre et éloigne-toi. Discrètement. Trouve des Chevaliers Runiques et ramène-les ici. C’est une prise d’otage…

Le tutoiement insistait sur la gravité de la situation. Personne n’aurait pu lui en tenir rigueur. Sans attendre une quelconque réponse, le jeune homme passa la porte, prenant soin de ne pas faire de bruit. Chaque pas semblait provoquer un boucan d’enfer. Néanmoins, la voix folle de l’endetté semblait les couvrir. Celui-ci continuait son discours aliéné, désespéré. Sa voix était brisée, nul doute sur le fait qu’il n’aurait pas hésité à mettre à exécution ses menaces et à faire exploser le bâtiment ainsi que lui-même.
Au détour d’un corridor, Erial put enfin voir, de dos, le preneur d’otages. Dissimulé derrière un mur, il l’observait par à-coups en penchant très légèrement sa tête sur le côté. Le criminel était grand, maigre et gesticulait dans tous les sens, un détonateur à la main. Un fil reliait ce dernier à sa poitrine, laissant deviner une ceinture d’explosifs. Des lacrimas, assurément. Il transpirait, si bien qu’un chemin de sueur retraçait ses allées et venues névrosées. En face du fou, chacun était assis, immobile, souvent en train de pleurer derrière ses paupières. Une odeur de viande brûlée flottait dans l’air et toutes les issues avaient été condamnées.  
Dans sa cachette, l’Ice Maker réfléchit à la manière dont il pouvait agir. La négociation semblait impossible. Cet homme était susceptible de prendre peur en entendant Erial derrière lui et donc d’appuyer sur le détonateur par réflexe.
Il n’y avait qu’une seule solution… Une solution risquée, si elle en était…
Alternost ferma les yeux comme son poing et plaça ce dernier au creux de la paume opposée. Il prit une grande inspiration.


*C’est parti.*

Un sifflement lancinant typique s’insinua dans les oreilles du criminel alors que l’atmosphère derrière le mur se refroidissait.

- Qu… Qu’est-ce que c’est ? Qui est là ? (il fit quelques pas avant de se retourner vers les otages et beugler) VOUS, VOUS RESTEZ LA !

Ses pas se rapprochèrent et le Tumultueux, une simple épée de glace entre les mains, pouvait déjà entendre sa respiration saccadée. Rien que celle-ci était oppressante, angoissait le jeune homme. Sa gorge était sèche, ses pupilles si dilatées qu’elles semblaient avoir aspiré tout le gris de ses yeux.
C’est alors que l’ombre de l’homme se profila.


- HAAAA !

Ce cri, ce simple cri, était sorti sans que le rang S le veuille. Réflexe physiologique. Même un être tel qu’Erial n’avait pu le contourner.
Désormais, celui-ci avait un genou à terre, haletait. Dans l’une de ses mains, une lame gelée que tenaient les muscles encore contractés de son bras.
Derrière lui, un petit bruit retentit. Une fois. Deux fois. Trois fois, cinq fois, dix fois ! Un rire nerveux ponctua ces échecs.
Dans la main du preneur d’otage, le détonateur n’était plus relié à rien. Il fit volte-face, enragé.


- Qui… Qui es-tu pour m’empêcher de faire ce que j’ai à faire ? Tu as osé !

Il voulut donner un coup de poing à Alternost (qui s’était relevé entre temps) mais ce dernier l’évita en penchant simplement la tête. Au passage, il saisit le bras de l’ennemi et le recouvrit de glace tout en le regardant droit dans les yeux. La partie délicate ayant été faite, il avait recouvert tout son sang-froid.

- Faire ce que t’as à faire ? C’est un devoir, c’est ça ? Faire exploser des gens… Trouve-toi un autre hobby…, commença-t-il avant de s’adresser aux otages. Hey, vous derrière ! Relevez-vous et cassez-vous.

- NON ! Le premier qui tente quelque chose finit comme le gros de l’entrée !

« Le gros de l’entrée »… ? Mais… Il voulait parler du vigile ? Comment l’avait-il passé, d’ailleurs ? Où était-il ? Qu’entendait le malfrat par « finir comme lui » ? Erial tourna sa tête et avisa l’endroit où convergeaient tous les regards.
Il fut pris d’un haut-le-cœur. Le corps de l’agent de sécurité gisait, carbonisé, diffusant cette odeur de viande dans tous les locaux. L’attaque avait été si violente que, par endroits, il ne subsistait que l’os. Oscillant entre le rouge, le marron et le noir, ce patchwork de chair évoqua, chez Alternost les visions de sa sœur dévorée qui survenaient parfois dans son esprit… Immanquablement, le cadavre prit soudainement les traits d’Irina… Il s’affina et des résidus de cheveux blancs s’étalèrent misérablement autour du crâne comme des vers se tordant pour en sortir.
Soudain, une vive chaleur le fit sortir de son délire et retirer son bras par réflexe. Sa glace, sur le bras, de l’homme, avait fondu. Le Tumultueux prit enfin conscience de la nature de son adversaire : un mage de feu. Il lui adressa un sourire avant de reprendre la posture des Ice Makers, prêt à refroidir ses ardeurs. Un vortex de froid se créa autour de ses mains…
Et s’arrêta l’instant d’après.
Erial venait de repenser aux mots de Starford. Se battre par réflexe et sans réfléchir aux conséquences devait sûrement rentrer dans sa « manière d’agir » problématique.
Peut-être qu’un peu de baratin ne ferait pas de mal… S’il ne voulait pas finir aux fers. Prenant sur lui, le mage de glace lâcha un « tss » résigné et considéra son ennemi.


- T’es faible, dit-il simplement.

Interloqué, l’aliéné émit un son incrédule, similaire à une sorte de hoquet.

- T’es faible de vouloir faire tout sauter juste parce que t’as plus d’fric. J’ai vu des mages noirs dans ma vie… T’en es pas un. T’avais déjà buté quelqu’un avant le vigile ?

Le rang S appuya son interrogatoire d’un regard inquisiteur, transforma la brume en acier. Le même acier dont avait été pourvue Irina avant de s’éteindre. Sans qu’il ne le veuille, le visage du criminel se fissura et des larmes brûlantes jaillirent de ses yeux. Il avait suffit de la pression du contact visuel pour le faire céder. Sa fragilité en était presque inquiétante…

- On m’a tout pris et personne ne veut m’aider ! Je pourrais crever, tout le monde s’en foutrait ! Tout le monde ! Le peu d’argent que je gagne, ces vampires me le pompent !

- Et… ? Tu penses que ces gens méritent de crever avec toi s’ils te donnent pas c’que tu veux ? C’est pas tes ennemis, c’est pas de leur faute ! S’il y a une seule fautive… C’est la présidente de la Sea Bank ! Les autres n’y sont pour rien. Imagine c’qui se passerait si tu tuais tout ce monde… Imagine c’que tu vivrais dans l’au-delà ! Des dettes financières ? On s’en fout ! Tu préfères t’endetter de vies ? J’parie que dans l’autre monde, on te fera vivre la mort autant de fois que tu l’as provoquée !

Des murmures étonnés fusèrent. Comment ? Un mage de Fairy Tail venait clairement de dire à un criminel qu’il devait tuer la présidente de la Sea Bank ?! Une telle chose était-elle possible ?
Mais Alternost était confiant, ignorait la rumeur ignorante de ses plans courant derrière lui. Il le voyait dans les yeux de cet homme. Il voyait le désespoir de celui qui pense être devenu monstrueux. Il n’avait rien à voir avec un vrai psychopathe tel qu’Elen. Non, ce mec-là avait juste pété les plombs. Il était donc manipulable à souhait car assez faible pour gober n’importe quel mensonge.


- Son bureau est au fond du couloir, vas-y. D’toute façon, c’est elle qui a les clés du coffre. J’m’occupe de faire sortir ceux que t’as impliqués.

- M… Merci…, bégaya le mage noir, abasourdi.

Sans se faire prier, le vis-à-vis d’Erial déguerpit. Ce dernier, alors, alla rouvrir les issues, faisant rentrer le soleil et rassura les otages qui restaient naturellement méfiants au vu de ce qu’il venait de dire. Derrière les vitres, la vision d’un attroupement de Chevaliers Runiques apaisa les innocents qui commencèrent à affluer vers l’Ice Maker tenant la porte ouverte.

- Vous inquiétez pas, elle s’est cassée depuis longtemps, la chef, leur dit-il sur leur passage. Allez, sortez calmement avant qu’il s’rende compte que…

Il s’immobilisa, fixant un point derrière la masse. Une forme à la démarche aussi lente que menaçante. On aurait dit une sorte d’être zombifié. L’homme était déjà de retour, ombre parmi les ombres, la tête baissée et le pas lourd. Il s’arrêta au milieu de la salle, juste à côté de trois quarts des ex-otages.

- Tu as menti, dit-il simplement en regardant Erial.

Il renversa con crâne en arrière, yeux fermés, et dirigea ses mains vers son torse où serpentait un anaconda d’explosifs.
L’Ice Maker sentit que quelque chose n’allait pas, malgré l’absence de détonateur. Il se tourna vers les Chevaliers Runiques qui accueillaient les rescapés, pressa ses derniers à sortir.
Soudain, les mains du fou s’embrasèrent des flammes de la démence.
Et Alternost comprit.


- Non ! Eloignez-v…

Une détonation monstrueuse survint, aveuglant et assourdissant les gens. Erial eut à peine le temps de se modeler une petite protection qu’il était soufflé par la déflagration. Ses pieds quittèrent le sol et le monde devint une fournaise sans aucune logique. Les dimensions elles-mêmes semblaient brouillées ! Véritable spectateur des événements, le Tumultueux put voir, entre deux flashes noirs, le bâtiment s’effondrer, un nuage de poussière, des corps disloqués et l’Armée Runique s’éparpiller avec les rescapés.
Confusion. Chaos.
L’eau.
D’une façon ou d’une autre, grâce à une coïncidence ou à une bonne étoile, Erial se retrouva en milieu subaquatique. Au reste, il ne comprit même pas d’où sortait cette eau. Il venait de reprendre possession de son corps et il se tordit dans tous les sens possibles et imaginables avant de paniquer par manque d’air et d’avoir le réflexe de remonter à la surface. L’air emplit ses poumons et il put enfin arrêter ses gestes frénétiques, se stabiliser.
Deux bateaux marchands l’entouraient. Au-dessus de lui, un brouillard poussiéreux s’évanouissait lentement. Des gémissements et des cris montaient de la corniche.
Un seul mot lui vint à l’esprit.


- Merde…


Sa glace l’avait protégé de la chaleur et des gravats mais Alternost était encore sonné. Il lui fallut quelques instants avant de reprendre ses esprits et se créer une plateforme ainsi qu’un escalier de glace pour remonter difficilement sur le quai.
Ce qu’il y vit lui fit l’effet d’un coup de poignard dans le ventre. Pis encore, il lui sembla que toute substance lui avait été retirée au niveau abdominal. Bouche bée, yeux écarquillés, il contempla les dégâts… Il contempla l’ampleur de son échec.
Un mage noir, même un petit mage noir, reste un être dangereux auquel on ne peut jamais se fier. On ne peut pas raisonner ces choses-là. Elles sont aliénées. Toutes aliénées. Light God Slayer, manipulatrices de probabilités ou mages de feu… Aucun ne méritait un tant soit peu de considération.
Sur le pavé gisaient, entre les gravats, des bouts de corps crasseux de poussière. Déjà jonché d’éclats de verre, le sol reçut en plus quelques éclats d’âme au passage d’Erial. Le bâtiment s’était (heureusement) affaissé de manière parfaitement rectiligne. Ainsi posé sur les restes de ses pieds, il semblait qu’il n’avait jamais comporté de rez-de-chaussée. Tout avait disparu. En un clin d’œil. En une gerbe de flammes.

Quelque chose craqua sous la chaussure du mage de glace. Il avisa de quoi il s’agissait. C’était un crâne. Un petit crâne. Celui d’un bébé. Autour de la botte, la tête, éclatée comme une noix, répandait son contenu, bouillie infâme de cerveau, d’os et de sang. Le jeune homme sursauta et manqua de vomir. Il se mit à respirer plus fort et observa son environnement d’un regard empli de désespoir. De chaque côté, les militaires ainsi que les ex-otages le considéraient, horrifiés. Un mélange de terreur et de profonde déception se lisait dans leur regard.
La même déception que le rang S avait pu voir dans les iris d’Isalia ce jour-là… Multipliée par trente voire plus. Il déglutit péniblement et, ne sachant quoi faire, s’en alla, honteux, ses vêtements lourds d’eau et d’abattement.
Arrivé là où personne ne le verrait, dans une rue peu fréquentée, le Tumultueux frappa de toutes ses forces un mur, si bien que des petits éclats de pierre voletèrent. Cette même pierre qui avait sûrement écrasé des dizaines de personnes…
Une vive douleur remonta de ses phalanges à tout son bras. Il retira son poing du point d’impact et observa le sang couler.
Combien de litres de ce liquide avaient été versés aujourd’hui ?
Combien ?!
Il serra sa main endolorie et s’effondra contre le pauvre mur qu’il avait agressé.


- Excuse-moi, mec, lui murmura-t-il. T’y es pour rien... Mais, après tout... Un innocent qui prend de plus ou un de moins…

En silence, Erial pleura de rage.

© Code de Anéa pour N-U

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MessageSujet: Re: Days of Daze [Seul] Ven 24 Avr 2015 - 14:54



feat. Myself


Days of Daze

Frozen Recidivism


"L’arme du crime, désormais doublement meurtrière, disparut en éclats de givre froids comme la mort qu’elle venait de donner."








Les jours qui suivirent furent des plus moroses qu’Erial connut. Dévasté, il lui sembla être à nu, vulnérable et fragile. Comme dans les moments les plus durs de sa vie. Ce sentiment de désolation, de néant total… Il s’en était préservé le plus possible… Mais, voilà. Une vague qui s’écrase régulièrement sur un terrain fait bien moins de mal que celle qui résulte du brisement d’une digue.   Ici, c’était le deuxième cas de figure. L’Ice Maker recevait de plein fouet tout ce qu’il avait réussi, jusque là, à repousser. Désarroi, perte de confiance. Effroi, dégoût de l’existence.
On ne le revit pas à Magnolia pendant plusieurs cycles solaires. Alternost errait çà et là, sans but. L’électron libre s’était perdu dans le cosmos, ridicule particule dans une éternité ténébreuse. L’échec l’assaillait comme les multiples poings d’une sorte de démon le lynchant. Tout était sombre, tout était triste. Le soleil voulait le brûler de sa lumière perfide, le vent chantait un requiem aux victimes, les gens murmuraient d’étranges paroles. Sûrement des menaces, sûrement des médisances. Chaque regard donnait à Erial l’envie irrépressible de se couvrir le visage et de s’enterrer dans le terreau de la honte. Néanmoins, même lorsqu’il voulait éviter cet acharnement universel, son environnement s’acharnait et le persécutait. La nuit, les ombres s’étalaient comme le sang des victimes. La lune brillait comme leurs os et il semblait à l’Ice Maker que les étoiles étaient en réalité les milliers d’yeux de quelque créature l’observant avec dédain. Si une météorite tombait, ce serait le crachat du firmament sur sa personne.



Se repentir. Compenser. Equilibrer la balance de ses actes.
Désormais, c’était bien plus que ça. Désormais, ce pauvre but égoïste n’était plus que secondaire. Finalement, Erial avait bien été sot et superstitieux. Sa volonté de contrition résultait d’une peur inavouée d’une sorte de justice supérieure. Ce tribunal de l’existence l’effrayait. Être jugé l’effrayait. Par extension, être coupable l’effrayait. Y penser le faisait se sentir sale, puant d’infamie, couvert de crasse. Un goût âpre s’étendait dans sa bouche comme une toile d’araignée. La pourriture de son âme, sans nul doute. La tisseuse devait être une représentation karmique de ses agissements… Alternost ne voyait le monde plus qu’à travers un filtre dissimulant toute sa bassesse, n’entendait que ce qu’il voulait entendre. Des sensations triviales. Grossières. Vulgaires.
Aucune profondeur, aucune émotion pouvant l’élever spirituellement. Aucune splendeur humaine.  Rien.
Voilà ce qui lui faisait peur.
Dorénavant, un autre objectif commençait à l’animer. Une vérité à laquelle on se heurtait. L’on ne pouvait pas faire confiance aux criminels. Toute négociation était inutile. Ils ne comprenaient que la force et la violence… Alors Erial utiliserait ce langage avec eux, n’en déplaise aux petits soldats comme Starford. Une fois qu’il a basculé dans la folie, un Homme ne mérite pas meilleur traitement qu’une bête.
L’Ice Maker leur donnerait ce qu’ils méritaient : une cellule ou les Enfers.
Chasser les guildes noires, chasser les mages noirs.
Les détruire. Les bannir.
De la surface…
Ou du monde.


• • •

Bien des jours passèrent avant qu’Erial ne refasse surface. Il dut, d’ailleurs, se forcer à le faire avant de ne plus avoir de quoi se nourrir.
Au fur et à mesure qu’il réfléchissait aux récents événements, son sentiment indescriptible, mélange d’inutilité, d’angoisse et de destruction, s’était accompagné d’une volonté contraire : celle de ne plus jamais ressentir ça. De ne plus jamais voir tant de vies être prises. De ne plus jamais espérer quoi que ce soit de la part d’un mage noir. Bientôt, elle dévorait la négativité, laissant l’esprit d’Erial, habitué aux meurtrissures, arborer une nouvelle armure.
Il choisit sa mission d’un air déterminé, arrachant la petite affiche comme s’il s’était agi de la tête d’un criminel. Sa guilde, il la traversa ainsi que les résidus de sa réticence, relents de la décision de passer à l’action.
Cette fois-ci, il se rendait à Crocus. La capitale, belle fleur épanouie, s’apprêtait à subir l’assaut d’un essaim de malfrats voulant vampiriser cette plante de son pollen doré et trébuchant. L’attaque serait le fait d’une coalition de guildes noires et la garnison se tenait prête à y faire face. Cela dit, un mage de guilde était nécessaire étant donné le nombre de problèmes à résoudre dans le royaume. Récemment, des civils avaient commencé à faire du bruit à l’Ouest… Des « non-mages » (car ils se définissaient par leur incapacité à utiliser la magie), secouaient quelque peu le monde dans l’optique de le purger de la magie… Aux yeux de l’Ice Maker, ce n’était qu’un énième groupe de débiles illuminés, rien de plus. Ce serait réglé en quelques semaines par les forces du Conseil, il n’avait pas à s’en soucier. Du reste, ainsi occupés par l’agitation occidentale, les Chevaliers léguaient leur besogne aux guildes officielles.
Et ça, c’était une bonne chose pour les finances du mage de glace…

Avec la détermination de celui qui revient des Enfers, il arriva à Crocus en conquérant et se dirigea immédiatement vers la caserne. Étonnamment  vide, cette dernière semblait pourtant infusée de quelque énergie invisible. Les murs en suintaient, l’on ressentait l’activité des Chevaliers.
Pour une fois…
Ils remontèrent même quelque peu dans l’estime d’Erial tant le souffle invisible de la motivation s’y respirait.
A peine celui-ci était rentré qu’un vétéran de cicatrices couvert aux airs austères venait à sa rencontre. Il se campa devant lui mécaniquement et planta son regard de fer dans la brume du sien. Le militaire possédait une certaine prestance de par sa carrure et son attitude. Deux fois plus large que le mage de glace qui possédait déjà un corps plutôt avantageux, l’homme arborait une peau ayant subi les outrages du soleil et des lames. Des boursouflures rosées parcouraient ses bras musculeux, se confondant avec de saillantes veines, avant de disparaître sous sa cuirasse. Un visage taillé à coups de serpe posé sur un cou de taureau complétait ce tableau rehaussé par des yeux noirs comme la nuit et des cheveux grisonnants hérissés comme des piques. Il en imposait, il fallait le dire. Cela dit, même s’il était légèrement impressionné par le métal de la capitale, Alternost ne laissait rien transparaître. Il se fendit même d’un trait d’humour après une poignée d’éternelles secondes passées à se dévisager mutuellement :

- Oh, salut. Vous d’vez être la carte, c’est ça ? demanda-t-il en désignant les veines et cicatrices du militaire.

Il fut pris d’un petit rire goguenard, chose qui était rare. Généralement, le Tumultueux se contentait d’un rictus… Mais cet homme le mettait réellement mal à l’aise.
Ce dernier, justement, laissa un franc sourire s’épanouir sur son visage. Cela rassura le rang S. Il tendit l’un de ses énormes battoirs et manqua de réduire en miettes les doigts d’Erial lorsque celui-ci lui donna une poignée de main pourtant assez vigoureuse.  

- Général Zetski, soldat. On ne m’avait pas dit que t’étais un rigolo mais une petite blague ne fait jamais de mal, après tout. Tu feras équipe avec mes hommes et moi. Ils sont en train de se préparer pour l’opération de tout à l’heure. Viens, je vais vous présenter.

Sur ces mots, il se détourna, faisant voleter une cape aubergine. Alternost resta quelques instants pantois… C’était ça, l’autorité militaire, la vraie… ?
Eh bien alors, jamais il ne s’engagerait…
Il aurait bien rétorqué au vétéran qu’il avait sûrement la capacité de le réduire à l’état de glaçon, qu’il était loin d’appartenir à son corps d’armée pour l’avoir appelé « soldat » et ne pas lui avoir rendu la politesse minimale que même Erial respectait (au prix de bien des efforts) : le vouvoiement… Mais il n’avait littéralement pas pu en placer une. Tranquille et sûr de lui, Zetski s’en était allé… Et l’Ice Maker allait devoir le suivre rapidement s’il ne voulait pas le perdre de vue !
La mine quelque peu contrariée, il pressa le pas pour rejoindre le général Runique avant de déboucher sur un terrain herbeux où une multitude de soldats courraient pour aller seller leur cheval, récupérer une épée, une cuirasse ou une tunique, etc. Le commandant se plaça au centre du « u » formé par les écuries, l’armurerie et le bâtiment principal avant de prendre la parole d’une voix forte et intelligible :


- Messieurs dames, notre allié est arrivé. Il s’agit d’un mage de Fairy Tail. (puis, se tournant vers Erial) Allez, approche pour dire qui tu es.

Une quinzaine d’hommes et de femmes se tenaient droits comme des « i » tout autour du « u », attentifs.
Alternost haussa un sourcil devant tant d’obéissance aveugle et s’exécuta avec une démarche quelque peu insolente ponctuée de petits sourires un tantinet forcés.


- J’m’appelle Erial Alternost, j’suis mage de rang S (regard appuyé à l’intention de Zetski) et mon domaine, c’la glace. Enchanté, les gars.

En chœur, les intéressés, pour la plupart impassibles, répondirent à ses salutations. Dans sa barbe, le vétéran marmonna quelque chose qui ressemblait à « Harujion… Sea Bank… ». Le Tumultueux tressaillit imperceptiblement… Alors, il savait ce dont il était coupable… ?
Non, non.
L’imagination du mage de glace devait lui jouer des tours…

Tour à tour, les Chevaliers ainsi qu’une femme Lieutenant se présentèrent brièvement. Erial fit mine d’écouter, sachant qu’il ne retiendrait qu’un quart des noms. Une fois cela fait, le général Runique pressa ses hommes afin qu’il se remette à se préparer et ordonna au « soldat Alternost » de se trouver un cheval. Celui-ci le regarda, incrédule. Certes, Zetski était imposant, mais de là à ce qu’une langue telle que celle du Tumultueux reste gentiment à sa place…


- Ouais. Mais avant toute chose… Arrête c’te condescendance à mon égard. Appelle-moi par mon nom, point. J’suis pas un coincé endoctriné par l’Conseil, moi.

Sous-entendu : « pas comme toi et tes potes ».
Dès lors, le fameux soldat qui n’en était pas un se sentit bien plus à l’aise et alla donc choisir une monture qu’il sella.
Quelques instants plus tard, le petit escadron sortait de la caserne et dévalait les rues avant de récupérer un soldat aux portes de la ville. Manifestement télépathe, on lui demanda s’il avait intercepté des pensées pouvant avertir de la venue des mages noirs. Il répondit qu’il venait d’entendre quelques bribes indiquant que l’ennemi allaiet attaquer de front, en provenance de l’Ouest. Cela contenta Zetski. Erial, au côté de ce dernier pour gommer toute idée de hiérarchie entre eux, se fendit d’un sourire à l’attention du télépathe… Ce à quoi ce dernier ne sut rien répondre. Il se contenta d’un patchwork mêlant la méfiance de celui qui ne sait pas à quel degré prendre les choses, du sourire poli de celui qui croise un dirigeant et du dédain de celui qui rencontre un inconnu.
Bref, il salua son général et partit dans la direction contraire de la colonne s’engouffrant dans la forêt peu dense qui bordait Crocus.  
Arrivé à la croisée de deux chemins, Zetski ordonna la halte. Il se tourna vers le mage de Fairy Tail et lui exposa son plan.


- On va se poster un peu partout sur des promontoires. Les Flèches d’Argent ne sont pas loin, les premières buttes nous permettront de voir ce qu’il se passe. Toi, je te propose de rester là. Ils comptent passer en force. Tu les intercepteras… Rais… Et nous permettrais de les encercler alors qu’ils seraient trop occupés à discuter avec toi.

Silence. Le jeune homme aux cheveux bleus salua intérieurement les efforts comiques du général pour avoir employé le conditionnel.

- Ca te va ? insista le général.

Pour toute réponse, Erial descendit de son cheval, fit quelques pas en avant, et se retourna.

- Ok. J’espère que vous m’verrai parce que je doute de pouvoir gérer autant de mages assez sûrs d’eux pour s’attaquer directement à la capitale…

Oh, Alternost ne doutait pas de ses capacités… Mais son égo avait une limite, tout de même. Une limite assez facile à atteindre, finalement. Le jeune homme avait des défauts, mais l’orgueil n’en faisait pas réellement partie.
Il prévoyait de gagner du temps en provoquant ses adversaires pour laisser le temps à ses alliés militaires de refermer le piège sur eux.
Cette fois-ci, il n’y aurait pas de morts à déplorer… Pas d’innocents à pleurer…
Le combat allait être formel.
Histoire de se donner une contenance, l’Ice Maker se modela un véritable trône sur piédestal. Trois marches y conduisaient, les accoudoirs représentaient des chimères et, placé en plein milieu du chemin, il ferait face aux mages noirs lorsqu’ils arriveraient. Le tout lui coûta, finalement, assez peu d’énergie.
La manœuvre avait un double-but. Tout d’abord, il s’agissait de troubler l’ennemi et de le faire douter de ses capacités. Le Tumultueux savait cacher ses sentiments et pourrait sembler tout à fait ennuyé devant ses adversaires. Ces derniers, devant telle décontraction, hésiteraient sans doute à passer à l’action… Sauf quelques têtes brûlées, évidemment. Comme il s’agissait de mages en provenance de guildes noires mineures, le jeune homme aux cheveux bleus pensait pouvoir les défaire aisément un par un. Le problème était leur nombre et la possible simultanéité de leurs attaques.
Le second but de cette curieuse entreprise était tout simplement… De ridiculiser l’ennemi. Royal sur son trône de glace, Erial pourrait, comme un souverain face à sa cour, provoquer et se moquer de tout ce qui l’entourait.
Puéril… Mais jouissif.
Soudain, une pensée le frappa. Quel idiot ! Tout monarque se doit de posséder un sceptre, non ? Ainsi, Alternost se hâta d’en fabriquer un.
Désormais satisfait, l’acteur s’installa sur son fauteuil et se prépara à jouer son rôle…



Une jambe suspendue par-dessus un accoudoir, le corps affalé en diagonale, le coude plié de l’autre côté et la tempe posée sur la main, un drôle de personnage fixait le quatuor de mages noirs en tête de la colonne. L’air ennuyé, l’hurluberlu, sur son trône de glace, bâilla impoliment, exposant l’intérieur de sa bouche à ceux qui lui faisaient face.
Les quatre criminels le dévisagèrent, se dévisagèrent, dévisagèrent le monde. Derrière eux, une cinquantaine de sous-fifres se mirent à râler avant de se taire en prenant conscience de l’obstacle inattendu leur faisant face.
Intérieurement fier du succès de sa petite mise en scène, le « monarque » saisit son sceptre et le pointa d’une main lasse sur la masse ayant l’audace de se tenir devant lui sans lui témoigner une quelconque marque de respect.
 

- Eh bien, surpris ? Arrêtez de me regarder comme ça, voyons…

Le premier des quatre mages noir menant les autres, un jeune homme tout de cuir vêtu, s’avança et aboya :

- Dégage au lieu de faire le clown !

Stimulés par la voix de leur meneur, deux abrutis se détachèrent du groupe et foncèrent sur Erial en l’injuriant.
Ce dernier plissa les yeux comme pour photographier l’instant. C’était le moment précis où tout allait se jouer. S’il voulait réussir son coup de bluff, il devait arborer l’air le plus las du monde tout en mettant hors-jeu le menu fretin… S’il en était réellement. Mais, nulle place au doute ! Cela risquerait de fissurer son masque plus fin que jamais dans telle situation.
Un petit sourire sur le visage, il agrippa, ne dérangeant que sa tête qui dut faire l’effort de se redresser, un accoudoir et fit s’étendre la glace depuis la base du trône. Prédatrice, cette dernière courut jusqu’à engloutir les pieds des deux impulsifs. Les emprisonnant jusqu’à mi-mollet, elle les immobilisa instantanément.
Avec un calme calculé, l’Ice Maker, se redressa lentement et déplia son corps sans pour autant en devenir robotique. Royal, il descendit de son trône et alla à la rencontre de ses ennemis. Leur adressant un rictus moqueur, il leur fit signe de se taire comme si leurs grognements et leurs insultes n’étaient pas plus importants que les cliquètements de quelque insecte (ce qui, somme tout, se rapprochait de la réalité). Soudain, on lui envoya un jet d’eau à haute pression. Sans sourciller malgré sa surprise, il tendit une main et gela le projectile magique  en un clin d’œil. Le visage du mage d’eau se décomposa tandis que son camarade, bras tendus, abaissa ces derniers lorsqu’Erial le jaugea du regard comme pour lui dire : « à ton tour ».
Alors, tranquillement, Alternost détourna son regard et posa sa main sur la face du premier qui se débattait tout en lui crachant dans la paume.


- On s’énerve pas…, fit-il.

Des volutes d’une fumée froide montèrent des doigts du jeune homme alors que le visage de son vis-à-vis se recouvrait de glace à l’exception de son nez pour ne pas qu’il meure. Modeler une arme aurait été bien trop… Vulgaire. Economiser ses gestes revenait à marquer encore plus le fossé situé entre deux personnes.
Une fois que le Tumultueux se fut occupé du second, il se positionna entre le duo de glaçons humains, à seulement une poignée de mètres du quatuor de chefs qui semblaient se trouver dans un état situé entre la rage, la peur et la stupeur.
Alors que tous les yeux étaient rivés sur lui, d’autres se mirent à luire dans la forêt environnante. Les Chevaliers. Erial ne s’attarda pas dessus pour ne pas attirer l’attention générale sur ce qu’il regardait.
Désormais, les agissements de la foule dépendaient des siens.


- Quelle impolitesse ! Et quelle faiblesse ! cria-t-il en mimant la jeune vierge s’évanouissant.

Puis, il reprit son sérieux.

- C’en est presque triste. Enfin… Sinon, vous faites quoi dans les parages à part m’contempler et réaliser vos fantasmes masochistes, comme le montre la tenue de cuir d’un de vos quatre meneurs, en voulant m’attaquer ?  

La tension montait. Le cœur de l’Ice Maker se mit à tambouriner dans sa poitrine à mesure qu’une meute de militaires enfermait discrètement son ennemi. Le sourire du mage de glace se fit mi-nerveux, mi-narquois.
Devant lui, le quatuor profita de cette occasion pour se présenter, sûrement de sorte à intimider leur adversaire qu’ils pensaient seul.


- Tu nous prends pour qui ? l’agressa le masochiste, rouge comme une pivoine. On est les maîtres des quatre guildes derrière nous. Je dirige Doom Symbiosis, et mes collègues (il fit un geste en leur direction), sont à la tête de Silent Arrow, Raging Beast et Eternal Eclipse.

Erial balaya du regard les trois intéressés. Il s’agissait respectivement d’une femme à la crinière de jais arborant un air fourbe, d’un petit homme trapu et d’une... Adolescente… A l’air profondément dégoûtée de la vie. On aurait dit une mauvaise imitation de Jude en version féminine. Jude… L’énigmatique amant d’Isalia rencontré dans une cabine de grande roue… Etrange personnage, vraiment.
Mais, peu importe, si Alternost se mettait à penser au passé, jamais il ne pourrait rester crédible face aux mages noirs. Pour éviter toute attaque, il devait captiver de nouveau l’assemblée.


- Ah. Bah j’vous prends pour ce que vous êtes… Des débiles qui croient avoir une notoriété qu’ils n’ont pas. Franchement, jamais j’ai entendu parler d’une de vos guildes… On a donc le maso’ nerveux, la fouine ténébreuse, le nain qui pense que soulever de la fonte le fera grandir et la gamine dépressive. Ca, c’est une sacrée équipe ! Sérieux, allez vous faire tatouer la marque de Dark Dragon  et on verra… J’en ai presque pas envie de perdre mon temps à vous renvoyer dans vos patelins paumés…

Chacun réagit à sa façon. Le maître de Doom Symbiosis perdit trois kilogrammes à force de trépigner, celui de Silent Arrow ricana, le meneur de Raging Beast poussa des grognements animaux et le chef d’Eternal Eclipse se contenta d’ouvrir ses yeux endormis. Derrière eux, les mages noirs se mirent à gueuler, provoquant un vacarme tout à fait désagréable.
L’atmosphère était aussi épaisse que de la mélasse. L’Ice Maker se demanda même s’il pourrait se déplacer rapidement lorsque le combat se déclencherait. Pour la énième fois, une petite voix lui demanda s’il était fou de provoquer autant les gens… Il la balaya comme un moustique et s’intéressa aux militaires qui s’étaient immobilisés.
Reconnaissable entre tous, Zetski attendait son signal.


- Cela dit… Si moi, j’ai la flemme, peut-être que ce n’est pas LEUR cas ! supposa-t-il en les désignant.

Aussitôt, les créations d’Erial disparurent et les mages noirs se firent assaillir par une quinzaine de fantômes vengeurs, indistincts dans la brume de la stupeur. Le chaos débuta par des cris, des explosions magiques, des éléments déchaînés, des créatures étranges et des êtres déformés.
Le Tumultueux abandonna son rôle et riva ses yeux dans ceux du masochiste qui, belliqueux, ne l’avait pas perdu de vue malgré tout. Ce dernier s’avança vers, lui, déterminé.


- Tiens, ça m’étonne pas de toi que tu viennes te frotter à moi. Allez, viens.

Ice Make : Scythe. La faux qui avait tué Irina était désormais l’arme de prédilection de l’Ice Maker. Aussi grande que tranchante, le jeune homme la maniait cependant d’une seule main.
En réponse à cela, le maître de Doom Symbiosis tendit les mains devant lui. Aussitôt, les éléments dans un périmètre autour d’Erial se mirent à vibrer…
Ca ne présageait rien de bon.
Alternost voulut sortir de la zone, mais à peine eut-il fait deux pas qu’il fut interrompu par une voix :

- Reste là ! Terrain Effect : Earthquake Zone !

Soudainement, la terre se mit à remuer, plus impétueuse qu’un taureau enragé. Elle se fissura et se scinda ainsi en blocs indépendants qui se mirent à se soulever, s’abaisser et s’entrechoquer violemment, faisant tomber Erial. Son dos heurta durement un desdits blocs et il le crut, l’espace d’un instant, brisé sur le coup. Il chut plus bas encore lorsque la pierre se rétracta dans le sol comme un piston. Là, étendu par terre, les vibrations l’immobilisèrent, douloureuses.
Eh bien, il ne s’attendait pas à ça, mais…
Un sifflement suraigu monta du corps du jeune homme qui se mit à sourire. Une nouvelle fois, une brume glaciale s’éleva, languissante, dans l’air. La terre ralentit ses mouvements, comme gênée, engourdie par le froid.
Le maître de guilde, intensément concentré, fronça les sourcils alors que des gouttes de sueur perlaient sur son front, synonymes d’un important effort. Tous les muscles de son corps étaient contractés et sa respiration bloquée. En témoignaient les veines qui menaçaient d’exploser sous sa peau. Il grogna…
Et abandonna, à bout de force. Haletant, il contempla sa zone d’influence recouverte d’une épaisse couche de glace. Le terrain ressemblait désormais à une mer déchaînée… Instantanément figée dans la glace.
Afin de ménager son dos, Alternost se releva précautionneusement… Et manqua de tomber à nouveau. Pris d’un affreux tournis dû aux vibrations et, dans une moindre mesure, à la dépense magique, le Tumultueux dut se concentrer pour reprendre ses esprits. Par miracle, sa faux avait survécu. Il la ramassa et utilisa un filament de magie pour réparer les quelques fissures la stigmatisant. Ceci fait, Erial se s’approcha de son adversaire et son expression neutre se mua en un habituel visage narquois.
L’adversaire semblait éreinté mais, pourtant, il fit se lever un vent brûlant qui fit ondoyer l’air et dessécha l’herbe sur son passage.


- Oh, on veut me changer en momie ? Dommage… Shield.

Un mur de glace se forma devant le mage officiel, coupant ainsi le vent. Normalement, en se basant sur la quantité de magie nécessaire à bloquer le tremblement de terre de manière peu stratégique, le bouclier ne devrait pas fondre face à la bourrasque caniculaire. Les dimensions de l’écu polaire étaient tout de même minimales, de sorte à économiser les réserves d’énergie de son créateur.
Ce dernier s’accroupit derrière et soupira, le temps que le mage noir se rende compte de l’inutilité de son assaut. Il fit également attention à ne pas exposer son arme au sort brûlant et réfléchit à sa prochaine action.
A vrai dire, rien de très élaboré ne se profilait… Erial foncerait et, avant que son ennemi ne fasse quoi que ce soit, il le déferait.
Il suffit à Alternost de penser cela pour que le souffle infernal se calme. Dans l’instant qui suivit, il faisait s’évanouir son bouclier et courait à grandes enjambées, sa faux tenue derrière son dos, en direction du masochiste qui recula de quelques pas, dents serrées. Sûrement se rendait-il compte qu’il était trop tard, qu’il ne pourrait rien faire.  Le Faucheur approchait et rien ne pourrait l’arrêter ! Pour lui, le temps se modela, apparut sous forme de clichés dramatiques séparés d’un temps.
Un ample et vif mouvement de bras. Le tranchant extérieur de la glace pénétrant la chair. Les muscles sectionnés comme de vulgaires fibres textiles. Le sang instantanément congelé. L’adversaire tombant à plat ventre et le Maker souriant.
Voilà une partie de sa vengeance assouvie.
La faux s’évanouit dans l’air ainsi que les ambitions du mage noir.

Derrière le corps inerte du chef de Doom Symbiosis, la bataille faisait rage… Bon nombre de mages noirs étaient hors-jeu et le Tumultueux ne put distinguer que deux corps de Chevaliers Runiques à terre. Morts ou K.O. ? Une bonne question, mais Erial ne préférait pas y penser pour le moment. L’échauffourée tournait à l’avantage des forces de l’ordre et c’était une bonne chose !
Soudain, la carrure de Zetski se distingua de la masse de combattants. Couvert par deux de ses hommes, il se détacha et courut vers le mage de Fairy Tail, si bien que celui-ci eut peur d’être piétiné par le colosse.
Haletant, le militaire lui délivra un discours clair et impératif :


- Soldat ! Les deux autres maîtres de guilde sont hors de combat mais la dirigeante d’Eternal Eclipse est partie en solitaire sans que l’on ne puisse l’en empêcher. C’est une maîtresse de la Feeling Magic et elle adore provoquer des suicides de masse. Si elle fait ça en plein milieu de Crocus, les pertes seraient considérables et elle pourrait piller ce qu’elle désire ! Arrête-la, on s’occupe des autres !

Erial écarquilla les yeux. L’ordre de mission s’imposa à son esprit, lui faisant oublier toute envie de rébellion face au caporalisme désobligeant du Général.
L’important était de rattraper la dépressive au plus vite !
Zetski émit un sifflement imprégné d’autorité. Un destrier blanc bondit hors du bois et se plaça devant son maître, docile.

- Dépêche !

Il n’en fallut pas plus à l’intéressé pour s’exécuter. Alternost enfourcha la monture et la talonna assez violemment. Le cheval hennit. De douleur, peut-être ? Bah, peu importe ! Le rang S s’excuserait plus tard !
Aussi rapide qu’un boulet de canon à crin blanc, la bête sembla comprendre l’empressement de son cavalier et se hâta aussi vite qu’elle le put. Sautant au-dessus des obstacles, négociant les virages, faisant verdir le vent de jalousie devant sa vitesse, le destrier amena rapidement son maître temporaire à destination. Les portes de Crocus furent passées si ardemment qu’elles s’en sentirent violées. Derrière la flèche organique, un nuage de poussière semblait s’adonner à une course. Cela dit, le concurrent à quatre sabots et deux jambes ne lui prêtait même pas attention, concentré sur ses objectifs.
Un pauvre soldat se fit alors agresser par cette alliance aussi véloce qu’aérienne : le bleu du ciel battu par les vents et l’ivoire des nuages y glissant.
Lorsqu’on lui demanda s’il n’avait pas vu une étrange adolescente vêtue comme une gothic lolita, le militaire, visiblement une jeune recrue, hocha vivement la tête, soumis par le ton impérieux du cavalier.


- Eh beh ! Dis-moi où est-ce qu’elle est partie au lieu de te chier d’ssus, tapette.

Le jeune homme possédant un visage portant encore les marques d’une acné peu avantageuse se ressaisit et balbutia quelques mots. Mais en voyant le regard assassin que le mage de Fairy Tail lui décocha, il répéta, plus fort.
Sans se donner la peine de remercier cette perte de temps ambulante, Erial repartit en trombe et donna de la voix pour faire s’écarter les passants et autres véhicules inconscients de l’épée de Damoclès qui déjà faisait perler une goutte de sang de leur tête. Le vent tirait tous ses cheveux en arrière et le faisait pleurer. Ainsi, sa vision brouillée par les larmes associée à sa folle vitesse ne lui permettait de voir que des filaments de matière, des fantômes écartelés et des couleurs fondues.
La Bibliothèque Nationale. Vite ! Elle ne se situait pas si loin de la porte Ouest.  
Alternost passa une main fébrile sur ses yeux, manquant de perdre l’équilibre en ne tenant les rênes que d’une main. Il intima au cheval de bifurquer à droite et fit encore durer la cavalcade une ou deux éternelles secondes avant de s’arrêter devant le gigantesque complexe de bois, de papier et de cuir. Il semblait être prêt à déverser un tsunami de lettres classiques, futiles, scientifiques, philosophiques, dangereuses, magiques, caustiques, élogieuses et oubliées sur le peuple.
Mais il n’en fut rien et Erial put s’y ruer sans subir l’explosion de la bibliothèque remplie à craquer de savoir.
Dans le hall lambrissé, l’absence de personnel l’alerta. Il courut, bien que déjà essoufflé de son combat précédent ainsi que de son empressement, et passa la double porte débouchant sur la salle principale. Une rotonde de plusieurs étages où des balcons, serpents se mordant la queue, étaient placés à intervalles réguliers pour marquer lesdits étages et garantir l’accès aux ouvrages.
Et sur les deux dernières plateformes circulaires…
Des dizaines de personnes s’étaient amassées, attirées comme des aimants par les rambardes, le corps dangereusement penché en direction le vide. Et tous les yeux, larmoyants, vides ou las, étaient rivés sur…



- Votre chagrin ne vous lâchera jamais de votre vivant. La tristesse vous collera comme les fils d’une toile d’araignée. Et plus vous tenterez de résister, plus vous vous y engluerez. Avec le temps, vous dépérirez lentement, attendant que votre araignée à vous, la Mort, vienne vous chercher et vous administrer son poison salvateur.

Debout sur une longue table de bois où de nombreux livres étaient encore ouverts, le corps frêle de la maîtresse d’Eternal Eclipse, flottant dans sa robe noire comme si elle avait été faite de gaze, se dressait vers le ciel et tournait lentement de sorte à s’adresser à tout le monde. Ses yeux brillaient de complaisance, comme si transmettre son malheur faisait son bonheur.
Sous son contrôle, la foule entière sanglotait. L’adolescente devait être plus puissante qu’il n’y paraissait si elle pouvait maîtriser autant de personnes simultanément avec l’intensité nécessaire pour qu’elles se rattachent à elle comme à une pierre située au sommet d’une cascade se déversant dans un puis de ténèbres.
Bref, Erial allait devoir faire attention et l’attaquer par surprise.
Il se dissimula derrière un pan de mur pour recréer une faux le plus discrètement possible. Fort heureusement, le sifflement caractéristique de sa magie fut couvert par les paroles de la jeune femme, désormais haineuses :


- Vous êtes inutiles à la société ! Vous me refusez l’accès à votre section où sont rangés les anciens traités de magie alors que grâce à eux, je pourrais embellir le monde ! Vous vous êtes opposés à cet embellissement ! Vous n’êtes que des parasites, vous êtes mauvais !

Elle était sur le point de les faire flancher. Son poison corrompait les cerveaux et les âmes. Alliées à une telle mélancolie, les paroles de la maîtresse d’Eternal Eclipse avaient une portée démesurément grande !
Alors, petit à petit, lorsqu’elle instilla un soupçon de culpabilité dans le requiem qu’elle leur composait, ses pantins se mirent à hurler de désespoir. Ils s’agitèrent, se prirent la tête entre les mains, se roulèrent au sol comme si le feu de leurs péchés chimériques s’attaquait à leur chair.


- Oui, je sais ce que vous vous dites ! « Je suis un monstre, mon existence est un fardeau pour l’humanité ! »

Elle renversa sa tête en arrière. Comme il est bon de voir les gens partager son dégoût… Comme il est exquis de façonner pire que soi… L’on se sent bien, heureux parmi les malheureux…
Bientôt, l’apothéose surviendrait. Bientôt, ce serait l’orgasme psychique. Le bouquet final !
Le mage noir en frissonna d’avance.
La joie est la raison de vivre de chacun.
La provoquer, c’est manifester sa volonté de vivre.
Ainsi, elle voulait vivre, malgré tout.

- Et, voilà la pensée dont vous ne pouvez plus vous désolidariser, je le sais. « Je suis l’incarnation du mal, tout le monde rêve de me voir mort…  Et je vais contenter les gens ! »

La maîtresse d’Eternal Eclipse prit une grande inspiration. Sa poitrine naissante tendit au maximum sa robe ténébreuse.
Elle passa sa langue sur ses lèvres et détacha les syllabes suivantes :

- « Je… Veux… Mou… »

Silence.
Elle baissa les yeux sur son abdomen.
Le tissu noir fonça. Une fleur de néant était en train d’éclore dans les abysses. En guise de pistil, une lame courbe, froide et bleutée, se dressait, pointant vers le corps de la jeune femme comme si elle désirait la transpercer de nouveau.
L’adolescente tourna la tête. Son œil était assez chargé de surprise, de rancœur et de chagrin. La vie s’éteignait. Son plus primitif instinct fut donc, naturellement, de tenter de se raccrocher à son véhicule charnel. Si jeune, elle ne voulait pas se détacher de corps et lui transmettait ce regret.
Et lorsque cet élixir vital croisa un autre œil, un autre réceptacle, elle y fusa sans vergogne, impactant un iris gris.
C’est alors que ce concentré se changea en un poison incendiaire, capable de brûler l’âme-même de celui qui le reçoit. Se déversant dans les nerfs et les veines du possesseur de ladite âme, cette substance primordiale, bien trop riche, corrompit tout ce qu’elle toucha, aussi acide qu’ardente. Comme le torrent impétueux qui creuse la roche en rugissant, l’élixir décapa, rongea, dévora tout ce qu’il toucha. En un instant, tout fut ravagé, les vieilles blessures furent ravivées. Le cerveau reptilien, celui des pulsions et des instincts, se ratatina, honteux, châtié violemment par le cortex dans lequel il était enchâssé. L’arme du crime, désormais doublement meurtrière, disparut en éclats de givre froids comme la mort qu’elle venait de donner. Poupée dont on aurait coupé les fils, la maîtresse d’Eternal Eclipse se figea et s’effondra, n’ayant plus rien pour retenir son corps inerte. Devenue statue de cire aux atours sophistiqués, un soleil d’ébène s’épanouit sur son crâne, cachant de ses rayons le moindre de ses traits figés dans l’horreur.
L’effrayant était devenu fragile. Le fragile était devenu pathétique.  
L’assassin imita sa victime, spectateur de sa chute, terrassé par un heurt à l’arrière du crâne et le poison inoculé par sa victime : sa vie. Son insupportable vie.
Rideau.


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MessageSujet: Re: Days of Daze [Seul] Ven 24 Avr 2015 - 15:17



feat. Myself


Days of Daze

Frozen Decline








Malmené par les courants oniriques de ses pensées, le jeune homme souffrait terriblement d’un affreux écartèlement. Lesdites pensées semblaient affublées de mille hameçons qui s’accrochaient à son corps pour le tirer dans des directions opposées.
Le Bien ? Le Mal ? Auquel de ces principes appartenait son action précédente ? Le sacrifice est-il cautionnable ? Pouvait-il juger de cela ? Etait-ce une fatalité que d’agir ainsi ? Quelque chose d’écrit ? La pulsion, dictée par la nature même de l’Homme, est-elle mauvaise ? L’Homme est-il donc mauvais par nature ? S’il est mauvais, comment peut-il avoir inventé le Bien et le Mal ? Il n’est donc rien si ce n’est lui-même : un mélange des deux principes manichéens… A moins que cela soit en réalité l’absence de ces inséparables concepts qui définit les êtres ? Trop bas dans quelque hiérarchie cosmique peuvent-ils ne serait-ce qu’entrevoir la véritable nature de leurs actes ? Peuvent-ils se permettre de les classer eux-mêmes dans ces deux catégories ? L’intelligence, qui est l’apanage de l’Humanité, suffit-elle à faire de ses représentants les juges du monde ?
Les questions se croisaient, s’entrecroisaient, se repoussaient, s’enlaçaient, tourments à l’intérieur de l’intérieur. Mais elles n’étaient rien face aux pensées lapidaires, tourments intérieurs aussi dures et froides que le fer.  
C’est bien.
C’est mal.
Ce n’est rien.
C’est un total.
Sauveur.
Monstre sans cœur.
C’est volontaire.
C’est involontaire.
Dictée par une pulsion.
La seule solution.
Dictée par la raison.
Nécessite plus d’absolution.
Pauvre adolescente.
Vile meurtrière.
Elle aurait pu remonter la pente.
Qu’elle n’entraîne plus personne en Enfer.
Harujion, ville des dires.
Crocus, cité des faits.
Mourir ou tuer ?




• • •

- Légitime défense, légitime défense… Réflexe… Peur… Qu’elle ne les tue pas… Une vie… Contre des dizaines de vies… La bonne chose à faire… Oui… La bonne chose à faire…

Erial n’avait cessé de parler dans son sommeil, hanté par le fantôme de celle qu’il avait tué. Ce dernier regard qu’elle lui avait lancé… Cet ultime sursaut de vie… Il lui semblait que ses yeux gris étaient maintenant corrompus par la vision des iris mourants de la maîtresse d’Eternal Eclipse. Il imaginait ses propres yeux saigner, fondre. Et ce, perpétuellement. Etait-ce là son châtiment ?
Allongé, à même le sol, il donnait des coups dans le vide à intervalles réguliers. Ses perles brumeuses roulaient dans leurs orbites, derrière leur rideau de chair les gardant d’un monde où l’adolescente était omniprésente. Un feu crépitait non loin, irradiant le corps du mage de glace d’une lumière souffrante et d’une chaleur doucereuse. Le réconfort profond d’avoir sauvé des vies et l’essence horrifique de l’acte ? Peut-être bien.
Une voix résonna, faisant sursauter le mage de glace :


- Debout !

L’esprit embrumé, Alternost ne comprit pas, au premier abord, d’où venait cette voix… Il s’éveilla lentement, dissipant petit à petit le flou lui recouvrant les yeux comme l’âme.
Quand sa vision revint, il tourna frénétiquement sa tête dans tous les sens. Pourquoi était-il dans un environnement si sombre ? Pourquoi était-il étendu sur la dalle humide ? Qui était cet homme derrière les barreaux de…
Les barreaux.
Ah, oui…
Erial était en prison.  
Les souvenirs revinrent, désagréables reflux acides en provenance des tréfonds de sa conscience. Zetski l’avait assommé avec le pommeau de son épée. On l’avait conduit à Era, dans la grande prison du Conseil. Celle-là même qui avait été prise d’assaut il y a quelques mois. Efficaces, les autorités s’étaient hâtées de fournir tous les moyens possibles à sa reconstruction. Désormais, elle ne portait plus les traces de l’évasion de Bunkatsu…
Rei Bunkatsu…
Erial l’avait rencontrée des mois auparavant. A deux reprises. Cette pauvre fille était complètement folle, victime de changements violents de personnalité. Comment un être aussi instable qu’elle avait pu accéder au rang de Conseillère ?  A leur première rencontre, ils s’étaient battus et Erial avait réussi à s’échapper. A la seconde, Bunkatsu avait menotté le mage de glace et… Il ne se souvenait de rien d’autre. Sa mémoire refusait de lui accorder les souvenirs des modalités de cette arrestation. Toujours est-il qu’il s’était aussitôt enfui en assommant la Conseillère et en lui laissant une lettre provocatrice.
Au final, cette tarée avait eu ce qu’elle méritait… Pour échapper à son châtiment la seconde d’après. Où était-elle désormais ?
Bah, aucune importance car…

- Ton procès t’attend.

Un grincement avertit le jeune homme de l’ouverture de sa cellule. En train de fixer un point dans le vague, Erial se leva et, sans sortir de sa torpeur, passa la porte. On le bouscula pour qu’il se dépêche et c’est uniquement à cet instant qu’il revint à lui-même. Morne, il se laissa aller, comme  si son corps ne lui appartenait plus. Il passa, en compagnie de son geôlier, portes, salles et couloirs. Les yeux se levèrent à leur passage avant de vaquer à leurs occupations, habitués à ce genre de scène. Sûrement ne se demandaient-ils même plus ce que l’accusé avait fait… Ce denier n’était qu’un fantôme sans importance.
Le Tumultueux angoissait. Tous ces phares semblaient luire comme ceux de la maîtresse d’Eternal Eclipse. Il ne voulait en croiser aucun pour ne pas transmettre la corruption léguée par sa victime. Deux… Par deux fois… Encore… Sa sœur, Irina. Sa détestable sœur. Et cette inconnue. Dans cette histoire d’horreur, le pire était le fait qu’Erial ressentait une satisfaction par rapport à ces crimes. Chacune avait reçu un châtiment mérité, sûrement. L’une avait massacré et trompé, l’autre s’était élancée dans une vie de crimes et de manipulations.
Oh, certes, il y avait aussi Minoru… Mais ce dernier, Alternost ne l’avait pas tué. Pas directement. Le meurtrier était Elen. Le mage de Fairy Tail  lavait ses mains dans les actes du Light God Slayer.
Mais qu’importe… Au final, ce que l’assassinat d’Irina avait amorcé, le meurtre de l’adolescente l’avait confirmé.
Erial était un criminel.


Des coups de marteaux le firent sursauter.

- L’accusé est appelé à la barre, fit une voix puissante en provenance d’une ombre en surmontant neuf autres.

L’Ice Maker cligna des yeux à plusieurs reprises. Perdu dans ses pensées, il en avait oublié la réalité. Il lui semblait s’être téléporté de sa cellule à la salle d’audience.
Robotisé, le jeune homme s’exécuta et fit quelques pas pour se présenter aux Conseillers. Seul, il dut faire face à ces silhouettes imposantes dont il avait une opinion plus que mauvaise. Hommes ou femmes, grands ou petits, les membres du groupuscule dirigeant les affaires magiques du Royaume semblaient tous menaçants ainsi positionnées. En hauteur par rapport à l’accusé, ils le regardaient de haut comme les souverains d’antan se divertissaient en regardant les gladiateurs se défendre face aux lions.
Mais, pour Alternost, point d’armure et point de fauves. Des mots, des mots. Juste des mots. Rien que des mots. Ils décideraient de sa liberté ou de son emprisonnement, de sa vie ou de sa mort. De son destin comme de celui du monde.
Mots, mots, mots.
A une lettre de devenir morts.


- Erial Alternost, vous êtes soupçonné d’homicide volontaire à l’encontre de Christelle Veten. Ces soupçons sont-ils fondés ?

Christelle Veten… C’était donc son nom…
L’intéressé rit intérieurement. Il rit pour ne pas penser à Christelle. Il rit des procédures et des Conseillers.
Leur jugement à eux ne lui faisait pas peur, loin de là. Pourquoi ? Car le rôle d’arbitre leur seyait moins qu’à qui que ce soit d’autre.
Sans qu’il ne s’en rende compte, l’hilarité se manifesta à l’extérieur. Ses froids esclaffements résonnèrent dans la salle, jetés aux visages austères des puissants qui le regardaient.
Ah ! Ils ne devaient pas apprécier qu’on se moque d’eux !
De nouveaux coups de marteaux retentirent.


- Silence ! beugla le président du Conseil.

Larmes rétractées, les yeux secs du jeune homme retrouvèrent leur forme habituelle. Il réussit à se calmer et se redressa alors que la barre le soutenait.

- Si c’est fondé ? Vous le savez très bien, non ? Bien sûr que oui. Oui, j’ai tué cette fille… Pour ne pas qu’elle-même tue des dizaines d’innocents !

Devant le silence de l’assistance en face de son audace, Erial déglutit bruyamment. Désespéré par le sort qu’il attendait sûrement, il considéra les représentants de l’autorité dont la langue finit par se délier.

- Vous auriez pu agir différemment. Si votre dessein était réellement de sauver des vies, il vous aurez suffi d’assommer Veten pour qu’elle perde son emprise sur ses victimes.

Pensaient-ils réellement que, dans ce genre de situation, l’on réfléchit avant d’agir ? Le temps de prendre une telle décision, l’adolescente aurait déjà accompli ce qu’elle voulait accomplir.

- J’ai agi par pulsion. J’ai vu tous ces gens amassés qui s’apprêtaient à se suicider sous son influence. Auriez-vous préféré que je les laisse mourir ? Que je tente de négocier comme à Harujion ?! Ca vous va bien de venir me juger alors que l’une d’entre vous a sûrement massacré plein de gens à cause de son psychisme instable !

Les Conseillers froncèrent les sourcils, grondèrent ou serrèrent les dents. Erial, quant à lui, s’enflammait littéralement. Dans un endroit qui ne s’y prêtait absolument pas, tout son ressenti remontait à la surface, perçait à travers toutes les barrières qu’il avait tenté d’ériger. Une multitude de scénarii s’échafaudaient dans son esprit et les événements se mélangeaient tous un à un. Les dires de ses interlocuteurs ne l’importaient plus et rien n’aurait pu arrêter son explosion de paroles.

- Il n’a jamais été question de l’incident d’Harujion. Calmez-vous et…

- Oui ! Rei Bunkatsu ! Cette pauvre tarée ! Et puis, pour illustrer votre i-nu-ti-li-té, votre i-nef-fi-ca-ci-té… Elle court encore, elle a échappé à votre jugement, à votre justice et à votre prison ! Alors, oui, enfermez-moi si ça vous chante. Mais à quoi bon ? Je ressortirai sûrement la prochaine fois qu’un mage noir aura envie de provoquer une évasion de masse…

Alternost haletait.
Il n’avait pu retenir ce trop plein… Pourquoi ?
Parce qu’il tenait à sa liberté. C’était instinctif. Voilà sa nature, celle d’un électron libre. L’emprisonnement était, à ses yeux, la pire des sentences. D’abord mage solitaire penchant pour les deux camps puis mage officiel par intérêt personnel, le jeune homme ne s’était jamais handicapé d’aucune allégeance, d’aucun courant de pensée collectif. A l’image de ses iris, il était gris. Le joker du jeu de cartes. Celui qui n’a plus aucune famille et que l’on met à l’écart. Pourtant, il peut se révéler être un atout non-négligeable dans la partie…
Bref. La liberté. Tel était son mode de vie.
Les Conseillers palabrèrent un long moment entre eux, tantôt enragés, tantôt pondérés. Erial, pour sa part, avait tout dit et le faisait savoir par sa mine impassible, désormais fermée à tout élément extérieur.
Au bout de quelques minutes, l’on prit de nouveau la parole :


- Le Conseil Magique a rendu son jugement. Aucune peine ne sera retenue contre vous étant donné la nature impulsive de votre acte. Cela dit… Si jamais il y a récidive, vous encourriez la prison à perpétuité… Voire la peine de mort, admonesta une Conseillère.

- Bien. Nous nous en tiendrons à cela. Je déclare la séance levée, annonça le président d’une voix encore exaspérée.

Encore heureux… Ce jugement n’avait même pas lieu d’être…
Injustice.
Erial cracha par terre avant de s’en aller.


• • •


Les remontrances du sauveur.
Quelle formule antithétique…
Mais ô combien réelle.
Plutôt que de remercier ceux qui sauvaient les autres, on les menaçait de mort. Quelle était cette justice malade ?
Certes, l’acte était horrible. Mais la noblesse de la raison de celui-ci suffisait à occulter cette atrocité. Avec le recul que lui avaient permis quelques jours, Alternost contemplait ses souvenirs d’une manière froide et analytique. Ainsi, il avait fini par relativiser : cet assassinant était justifié. Il n’avait pas à avoir de remords quant à son acte.
A moins, peut-être, que sa mémoire n’oblitère déjà quelques éléments. Si celle-ci était un étang, alors Erial se tenait au-dessus et regardait le monde sous-marin évoluer. Cela dit, il fallait désormais se demander à quel point l’eau était trouble…
Mais, quoi qu’il en soit, le mage de glace qui ne faisait pas confiance au Conseil auparavant avait dès lors perdu toute foi en lui.
Qu’allait-il faire ?
Retourner à la guilde, se tenir à carreaux ? Ne plus jamais recommencer, écouter ce qu’on lui avait dit ? Laisser mourir les gens et prendre le temps de réfléchir ?
C’aurait été contre ses principes.
Or, s’il y avait bien une chose à laquelle l’Ice Maker tenait, c’était lesdits principes. Il était un insoumis depuis qu’il avait repris le contrôle de son destin, depuis qu’il avait renié Elen, depuis qu’il avait fait son deuil d’Isalia.
Alors, non, il n’abandonnerait pas ses préceptes pour les beaux yeux du Conseil. Quitte à repasser dans l’illégalité. Erial devait remplir sa mission d’absolution, devait défaire ce qu’il avait aidé à faire : Dark Dragon.
Et tant pis pour Fairy Tail…

Le Tumultueux marchait dans les rues d’Era, se dirigeant machinalement en direction de Magnolia, à l’Est. En réalité, il n’avait aucune idée d’où il se rendait… Travailler pour une guilde officielle reconnue et encadrée par le Conseil le dégoûtait. Il toucha l’emplacement de sa marque de guilde, l’air faussement distrait. Elle était là, imprimée dans son cou, comme la morsure d’un vampire. Le symbole de sa servitude… Mais également de sa… Famille ?
Non…
De ceux qui voulaient l’intégrer à leur famille.
Les quitter serait les trahir… Alors il n’effacerait pas ce symbole, quoi qu’il se passe. « Tu ne pourras plus reculer » avait dit Isalia. Eh bien non, l’Ice Maker ne reculerait pas. Il avancerait. Peut-être sur un autre chemin, un chemin parallèle quoique quelque peu plus tortueux et sombre que celui des mages de Fairy Tail… Mais il avancerait. Car c’était là son destin, sa ligne de conduite. Avancer, avancer. Avancer vers les ténèbres comme vers la lumière, vers l’oubli comme vers la postérité, vers le péché comme vers la piété… Mais avancer. Garder le cap car les abysses le poursuivaient. Ne jamais s’arrêter, ne jamais se retourner. Porter le fardeau du passé sans jamais le laisser l’écraser. Ne rien oublier. Point de complaisance dans les antécédents. Seulement des enseignements tirés des événements d’antan. De la rapidité et de la lenteur. De la gaieté comme de la douleur. Des détours et des raccourcis. Des amours comme des tragédies.  
Mais un mouvement perpétuel.
La liberté.
Bel oiseau aux ailes rieuses. Féroce loup à la course déterminée.
La liberté…

Sorti de la ville, Erial continuait sa marche, tête baissée. Le visage figé dans la glace et l’esprit bouillonnant dans le néant, il ne pouvait plus faire que ça. Marcher. Avancer. Sans but. Avancer. Encore.
La végétation environnante semblait lui tendre les bras comme pour dire : « reste ». Il s’agissait là des mages de Fairy Tail, sûrement. Les yeux asséchés par l’hiver, ils ne pouvaient même pas pleurer. Certains, parfois, étaient bouche bée, comme paralysés. Ils laissaient quelquefois s’échapper de longues plaintes… Et s’effondraient par petits bouts.
Tout cela pour un homme tel qu’Alternost… ?
Etrange, tout de même. Il n’avait jamais été proche de quiconque. Il avait toujours été là, à se moquer ou à embêter les autres. A de nombreuses reprises, on l’avait menacé, il s’était fait secouer. Mais rien n’avait réussi à arrêter son rire agaçant.
C’était là sa manière de s’amuser.
De plus, personne, à Fairy Tail, n’avait jamais réussi à percer la couche de glace blindant son esprit. Beaucoup s’étaient noyés dans la brume de ses yeux et avaient fait les frais de leur audace. Une langue bien acérée les avait tranchés dans les règles de l’art. Ils n’étaient plus revenus…
Le ciel, lui, semblait changeant. Allait-il illuminer le monde ? Pleurer sur son épaule ? Déchaîner sa rage sur lui ? Partager avec les mortels son ennui ? Le saupoudrer de poésie ?
Nul n’aurait su le dire.  
Le sol craquelait, par endroit, sous les bottes du Tumultueux. Du verglas. A cette époque de l’année, il était assez fréquent étant donné les vents froids qui balayaient Era et ses alentours. Du reste, la chevelure bleue d’Erial voletait autour de son visage, donnant l’impression d’être une entité à elle seule. Peut-être qu’elle aussi souhaitait son indépendance ? Peut-être voulait-elle également des détacher de toutes les entraves qui la retenaient ?


- En train de me demander comment se sentent mes ch’veux… Franchement…, murmura le mage de glace en secouant lentement la tête.

Les premières bâtisses d’un village se dressèrent sur les deux bords du chemin. Banales, faites de pierre et d’amour du foyer, elles annonçaient une place centrale où bavardaient quelques vieillards. Autour d’eux, des enfants jouaient, courraient après des ennemis invisibles et les… Tuaient.
Erial tressaillit devant cette vision. Ces pauvres gamins ne savaient encore rien de la vie et de la mort… Ils n’avaient aucune idée de ce qui les attendait… Peut-être un décès violent provoqué par un mage tout à fait honorable n’ayant fait qu’appliquer les ordres… Qui sait ?
Le mage de glace soupira et se hâta de passer son chemin lorsque les enfants commencèrent à pointer du doigt sa marque de guilde où s’opposaient ombre et lumière.


*Ne commencez pas à aduler les officiels, sales gosses… Ils sont à la botte de votre pire ennemi après les mages noirs : le Conseil.*

Alors qu’Alternost venait de sortir de la ville, il entendit soudain des cris aigus derrière lui. Il hésita à se retourner, las de jouer au héros. Alors, plutôt que de faire cela, il demeura immobile un instant, concentré sur ce qu’il se passait derrière son dos.
Tout à coup, les hurlements se réitérèrent.
Il n’en fallut pas plus à l’Ice Maker pour réagir. Lui aurait voulu qu’on l’aide alors qu’il marchait sur les cendres de son enfance… Alors il ne laisserait pas d’autres gens vivre ce qu’il avait vécu !
Trois Chevaliers Runiques étaient apparus devant la porte de la dernière maison du village. Encore eux… Il haussa sa lèvre supérieure en guise d’expression de dégoût et les rejoignit en trottinant, passant à côté d’un drôle de trou creusé dans le sol. Posté juste à côté d’eux, il les questionna :


- Qu’est-ce qu’il se passe ? Pourquoi on a crié ?

Aucune réponse de la part du trio de militaires. Ils regardaient droit devant eux, arme au poing. Bons chiens.

- Oi, j’vous parle bande de coin… Zetski ?

De la porte grande ouverte était en effet sorti le vétéran de l’Armée. Le vieux colosse, accompagné de deux de ses hommes, portait sous chacun de ses bras un enfant se débattant. Les deux autres soldats, eux, s’occupaient de faire avancer une femme dont on avait menotté les mains.
Devant son ancien camarade, le Général Runique se renfrogna, au moins aussi surpris que lui de le revoir.


- Déjà dehors ? Je ne m’attendais pas à te revoir de si tôt. Ce que tu as fait à Crocus est inacceptable. Mais le Conseil en a jugé autrement, apparemment. Enfin, ce ne sont pas mes affaires…

- Qu’est-ce que vous faites ? répliqua Erial, ne désirant pas reparler de la dernière opération.

- Ca nous regarde. Je n’aime pas l’insolence mais, après tout, ça ne change rien que tu le saches ou non… Le père de ces charmants enfants qui m’ont mordu jusqu’au sang est un mage noir de la pire espèce. Il a volé des documents confidentiels concernant nos dirigeants et nous avons carte blanche pour le forcer à sortir de sa cachette. Sa magie lui permet de se dissimuler dans le sol, tu te doutes bien que c’est problématique. Nous l’avons aperçu, il ne doit pas être loin… Et maintenant…

Zetski fit s’agenouiller les trois prisonniers et l’un de ses hommes utilisa le Wood Make pour créer trois pieux auxquels on les attacha.
Que comptaient-ils faire… ? Ils n’allaient pas quand même…
Non… Ils ne le feraient pas. Certes, le Conseil était répugnant mais l’Armée, sous leurs ordres, avait tout de même un comportement à respecter.
Ceci étant, cette « carte blanche » effrayait quelque peu Alternost…
Les cris provenaient donc de cette femme et de ses deux enfants… Bah, après tout, voir les forces de l’ordre débarquer chez soi ne devait pas être agréable. Enfin. Fausse alerte, donc. Il ne se passait rien de grave. Erial se détourna et fit quelques pas vers sa direction d’origine avant de se retourner une nouvelle fois… Et très brutalement, ce coup-ci.

- Ecoute, Mornias ! Où que tu sois, saches que nous ferons subir un sévice à ta petite famille pour chaque minute sans réponse !

Les trois « otages » hurlèrent de terreur.
Du bluff, hein… ?
Le jeune homme aux cheveux bleus demeura un instant, un sourcil arqué, à regarder de loin le spectacle s’offrant à ses yeux. Pas d’agissements inutiles. Il fallait au moins laisser passer une première minute avant de faire quoi que ce soit.  
Mentalement, il se mit à égrainer le temps. Soixante. Les villageois, mus par la curiosité qui est l’apanage de l’humain, se rapprochèrent un maximum de la scène mais durent s’arrêter devant les grands gestes exécutés par l’un des militaires. Trente. Les Chevaliers Runiques étaient immobiles comme leur chef. Dix. Histoire de se donner une contenance, Zetski sortit un couteau de son fourreau. Cinq. Silence. Trois. Le Général vint se placer devant la femme. Deux. Il lui saisit la jambe. Un. Il la força à la tendre.
Zéro.
Erial partit comme une flèche.
Un cri déchira l’atmosphère.
Un orteil tomba au sol suivi d’un petit torrent de sang.

Le vétéran tomba à la renverse, percuté de plein fouet par le Tumultueux. Ce dernier le considéra alors qu’il roulait dans la poussière.


- Espèce d’enculé. T’as pas les couilles de t’en prendre directement à son mari alors tu la fais subir ? Et après, t’oses dire que c’que moi j’ai fait est inacceptable ? J’ai sauvé des vies, connard. Et toi, qu’est-ce que t’es en train de faire ? Une séance de torture improvisée sur femme et enfants. Et t…

Deux paires de bras le ceinturèrent et posèrent l’une de leurs mains sur sa bouche. Sans chercher à comprendre ou à entendre quoi que ce soit, il se secoua dans tous les sens, tenta de se jeter en arrière pour entraîner ses opposants dans sa chute. Lorsqu’il se rendit compte du caractère vain de ses efforts, il plaça chacune de ses mains sur leur épaule et libéra sa magie. Rapidement, les bras faiblirent, engourdis par le froid, et il put se dégager.
Alors, il se précipita et fit en un instant ce que lui dictait son instinct.
Sauver des vies.


- Le premier qui bouge sera responsable d’la mort du Général Zetski ! prévint l’Ice Maker.

Une lame de glace dans la main, Alternost bloquait le corps du militaire avec ses jambes et exposait sa gorge en tirant sur ses cheveux.
Tous s’immobilisèrent.


- J’déconne pas.

Il avait tué et continuerait sûrement de tuer. On ne se rachète pas de telles choses… Alors autant les tourner à son avantage.
Autant avancer sur cette voie plutôt que de rebrousser chemin.


- Je préférerais que Mornias s’échappe avec les documents qu’il a volé pour qu’il réussisse à buter tous vos précieux Conseillers un à un. Vous qui les écoutez bêtement comme s’ils étaient des saints… Vous n’savez qu’obéir, bande de chiens. Alors faites ce que vous savez faire et obéissez : laissez les otages partir !

- Sais… Tu… Seulement…, commença Zetski.

- Ferme-la si tu tiens à la vie, toi, répondit froidement Alternost.

La main meurtrière du jeune homme tremblait, si bien qu’il lui semblait qu’il allait couper la gorge de son otage involontairement. Il n’était pas encore habitué à tuer. Certes, il n’hésiterait pas… Mais le travail serait loin d’égaler celui d’un professionnel. L’acte restait, à ses yeux, un sale crime.
Parce qu’il aspirait à en devenir un, peut-être… ? Parfois, les pensées d’Erial laissaient ce dernier pantois…
Mais il dialoguerait avec lui-même plus tard. Pour le moment, devant le stoïcisme des militaires, il durcit sa façade de glace. L’atmosphère était extrêmement tendue. Chacun savait que le moindre de ses mouvements pourrait être fatal et décider du sort de l’otage. Histoire de faire s’accélérer les choses, l’Ice Maker esquissa un mouvement d’armement de l’avant-bras.
Aussitôt, comme s’il s’était agi d’un signal pour redonner vie à des statues de chair, l’un des hommes du Général tendit une paume :


- Arrêtez ! C’est bon !

Le mage de glace se relâcha.
Erreur.
En un clin d’œil, il fut mis à terre par Zetski. Ce dernier avait profité de ce moment de faiblesse pour lui donner un coup de crâne en arrière, ce qui l’empêcha d’exécuter toute action pendant un court instant, avant d’enchaîner les heurts au corps-à-corps. Résultat : Alternost était au sol, encerclé par les Chevaliers Runiques, le nez déversant un flot de sang tandis que son ennemi s’approchait de nouveau de la famille du mage noir, Mornias. Cela faisait bien cinq minutes qu’il n’y avait pas eu de punition…
Incapable de faire quoi que ce soit, Erial détourna les yeux et entendit cinq cris se succéder. Du le champ de blé d’hiver qu’il regardait, des corbeaux jaillirent en croassant. Des corbeaux ainsi que… Une forme… Humaine…
Se pouvait-il que… ?

- On voit bien que tu restes un débutant. Une simple feinte a eu raison de toi et de tes plans, exposa le Général Runique.

Mais le jeune homme aux cheveux bleus ne l’écoutait pas le moins du monde. Focalisé sur les mouvements lointains qu’il était possible d’observer, il plissait les yeux.
Quelle lâcheté ! Abandonner sa famille à son sort, l’abandonner à une justice injuste pour se protéger et protéger ses biens. Cet homme n’avait donc aucun scrupule… ?
Non.
Cet homme était un mage noir. Voilà tout.
Alors, sans prévenir, Alternost saisit les jambes de deux des militaires et se redressa en tirant dessus, faisant ainsi tomber leur propriétaires respectifs. Il bondit et courut à grandes enjambées à travers le champ, piétinant les récoltes et manquant de se tordre la cheville dans les irrégularités de la terre. Mornias avait donc assisté à la scène sans bouger d’un iota. Il avait vu sa femme se faire découper et avait préféré fuir plutôt que de venir l’aider, elle et ses enfants ! En voilà une énième pourriture confirmant les pensées du rang S quant aux mages noirs.
Le fuyard, le lâche, était, au demeurant, rapide, et ne se laissait pas rattraper. Erial plaça alors son poing droit dans sa main gauche et, tout en continuant sa course, modela ce qu’il voulait.


- Ice Make : Rifle ! lança-t-il en tendant ses mains en direction de sa cible.

Créés par sa soif de justice, des dizaines et des dizaines de petits fragments de glace partirent à toute vitesse en direction de Mornias. Rapides comme des balles de fusil, agiles comme l’esprit et la langue de leur créateur, ils fendirent l’air en sifflant pour venir cribler le mage noir qui s’effondra en avant une vingtaine de mètres plus loin.
Face contre terre, il gémissait alors qu’Erial se tenait près de lui. Ce dernier le fit rouler sur le côté pour qu’il lui présente son visage. Sans surprise, il s’agissait d’un homme dont la physionomie correspondait à sa lâcheté. Ses traits semblaient rétractés, son regard était vif et craintif, et la moitié de sa chevelure semblait s’être enfuie tant elle était apeurée.


- Tu es immonde, dit simplement Alternost.

Mornias aurait pu sacrifier sa femme et ses deux enfants qui, quant à eux, ne l’auraient sûrement jamais vendu au Conseil. Et ce, en toute connaissance de cause. Son âme était pourrie d’égoïsme et de malveillance. Il faisait partie de la lie de l’humanité et se complaisait dans son mode de vie primitif consistant à survivre, quitte à écraser les autres. Aucun sens du sacrifice, aucune considération pour le monde l’entourant. Juste un concentré de vide et d’animalité.
Un pieu glacé se matérialisa lentement dans la main de l’Ice Maker. Il arma son bras.
Encore un mage noir, encore un Elen, une Irina, un Jude, un Fuyuki, une Kolora, une Rei, un suicidaire d’Harujion ou une Christelle. Encore un être prenant des vies comme si de rien était. Encore un fou qui sortirait très vite de prison à cause de l’incompétence du Conseil et de ses forces.
Finalement, la seule prison dont on ne pouvait jamais sortir… C’était la tombe.


- Mornias, j’te condamne à la prison à perpétuité, ironisa le jeune homme en marmonnant.

L’intéressé, après avoir prit peur, le dévisagea étrangement. Ce regard… Erial fut soudainement entraîné dans une hilarité impromptue.

- Eh bien, m’regarde pas comme ça… Tu veux… Ahaha… Tu veux que… Ta… Ahahahaha… Sentence tombe tout de… Ahahahahahaha… Suite ?

Littéralement plié en deux, Alternost sentit ses doigts desserrer leur prise sur son arme.
Il riait de sa condition. Il riait de ce qu’il était devenu. Pour qui se prenait-il ? Un justicier au-dessus des lois pouvant tuer impunément quiconque ne respectait pas ce qu’il jugeait être bien ?
Lui ?
Quelle mauvaise blague ! Lui qui était en partie à l’origine de l’assassinat de Minoru Takuma, de l’accession au pouvoir d’Elen Lastblow et du chaos sur Fiore !
Pour qui se prenait-il ?
Ce jeune homme s’apprêtant à transpercer le cœur d’autrui… Ce n’était pas lui. Ce ne devait pas être lui. Quand était-il devenu un justicier aveugle ? Il n’en avait pas la réponse.
D’ailleurs, cela n’empêcha pas Alexandre Zetski de lui porter un sévère coup de poing dans les côtes et de les lui piétiner jusqu’à la perte de conscience due à la douleur…


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MessageSujet: Re: Days of Daze [Seul] Ven 24 Avr 2015 - 15:25



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Days of Daze

Frozen End


"Il aurait préféré une fin plus palpitante… Mais… On ne sait jamais ce que nous réserve le destin, non… ?"

Rakuen no Tou ~Rachmaninoff "Piano Kyousou Kyoku Dai 2 Ban C Tanchou OP.18" Dai 1 Gakushou Yori by Yasuharu Takanashi on Grooveshark









La sentence avait été prononcée. Depuis dix jours, déjà. Erial Alternost avait été condamné à la prison à perpétuité.
Tiens, tiens.
N’était-ce pas ce qu’il avait proposé à Mornias quelques jours auparavant ? Ironique, non ? Cette manie qu’a le destin pour retourner les situations et se rire de ses pions en les affligeant de paradoxes…
Le jeune homme n’aurait plus jamais chaud, ne serait plus jamais incommodé des caprices du ciel et d’autres calamités propres à la surface. Il appartenait désormais au monde d’en-dessous, aux rebuts que l’on jette dans les fosses pour que plus jamais ils ne tâchent le royaume de leur existence. Ceux dont on provoque la souffrance en kidnappant ce qui leur est le plus cher : leur liberté. Et, car le vice de la fausse justice n’a pas de limites, on leur offre, en guise de cadeau empoisonné, une petite fenêtre par laquelle ils peuvent voir un petit carré de ciel tantôt bleu, tantôt plombé ; tantôt noir, tantôt étoilé. Alors, les prisonniers le contemplent, s’imaginent ce que les êtres et les choses deviennent sous cette voûte à travers aucune information ne peut filtrer. Jamais elle ne s’érode et la perte de la notion du temps survient rapidement…
Fairy Tail était venue plaider pour la cause d’Erial il y a quelques temps… Mais ils n’avaient rien obtenu. Le Conseil avait été intransigeant, catégorique. Après tout, il fallait bien des châtiments exemplaires pour donner une impression d’autorité à une institution… Alors, c’était ça ? Le Tumultueux était une victime ? Victime du Conseil, des mages noirs et du système… ?  Peut-être bien. Ceci étant, peu importe de ce qu’il s’agissait, l’on ne pouvait contredire le fait qu’Alternost était une victime du destin. La fatalité s’était abattue sur lui comme la foudre sur un arbre tentant de se dresser au-dessus de la masse d’une forêt.  
La nature n’aime pas les inégalités.
Les étoiles… Oui… Les étoiles, la providence… Quelque chose du genre… Il n’y avait donc pas de fautif. Seulement quelque force supérieure l’ayant prédestiné à cette chute. Et ce pauvre mortel, du haut de sa pitoyable condition humaine, n’aurait sûrement pas pu comprendre les raisons mystico-cosmique de sa destinée… Oui, ça ne pouvait être que ça. Les malheurs, les déchirements et les troubles qui avaient rythmés sa vie étaient forcément dus à l’action d’une puissance le dépassant… Ou peut-être pas… Cette vie aurait été alors, à ses yeux, un châtiment. Châtié par les autres, par le hasard et par soi-même. Cela aurait signifié que monde le rejetait. Dans ce cas, il aurait sûrement mit fin à ses jours… Plus de liberté, plus de vie. C’était aussi simple que cela.
Alors Erial préférait croire en une fatalité. Or, le destin est imprévisible. Voilà pourquoi, cette once d’espoir dans le cœur, il patienterait.  



La cellule était, somme toute, assez spacieuse. Mais à quoi bon avoir de l’espace si l’on ne peut rien y mettre ? Eh bien, au moins, le mage de glace (qui n’avait d’ailleurs plus accès à sa magie), pouvait se délier les jambes s’il le voulait même si les hématomes et contusions dus aux coups de Zetski le heurtaient à chaque mouvement. Toute de pierre faite, cette petite pièce possédait, dans un de ses coins, un lit au matelas dur comme le béton. Au-dessus de celui-ci, il y avait cette fameuse petite lucarne. Les draps, usés par le temps, étaient rarement changés. Cela dit, Alternost avait la chance de ne pas avoir été transféré dans les prisons lacrima. Ces cristaux verdâtres flottant aléatoirement dans l’espace… Le simple fait de s’imaginer y être enfermé le terrorisait…
A l’opposé du lit, un miroir ainsi qu’une cuvette et un lavabo avaient été vulgairement jetés sur le sol et les murs. Les barreaux de la prison étaient épais, à moitié rouillés et perpétuellement froids. Ayant perdu son immunité aux basses températures avec sa capacité à contrôler sa magie, Erial passait souvent de longs moments à les serrer dans ses mains jusqu’à ce que le froid engourdisse ses membres et les remonte comme un serpent insidieux décidé à refermer ses crocs polaires sur son cœur. Et plus la sensation de froid était intense, plus le jeune homme avait tendance à sourire voire à rire seul. Un rire glacial, sans joie. De ceux qui résonnent comme les cloches de la cathédrale de Kaldia. Un tintement déshumanisé et creux.
Au pied desdits barreaux, une petite trappe métallique se trouvait. Elle servait principalement à faire passer les repas. Deux fois par jour, les geôliers du prisonnier y faisaient glisser un gruau infâme, une salade caoutchouteuse ou une viande grasse et nervurée. Pour accompagner ces mets de choix, de l’eau (sûrement croupie au vu de son goût), du pain dur et, les jours de fête, une sorte de résidu de lait caillé que l’on osait appeler « yaourt ». On lui souhaitait un bon appétit et il mangeait en critiquant inlassablement la nourriture. Les « bon appétit », d’ailleurs, étaient souvent compatissants. Cela se sentait dans le ton employé. Les geôliers du Tumultueux, dont celui ignorait les noms, constituaient un jeune couple. Jamais ils n’avaient été désagréables avec lui, et, malgré l’interdiction que leur fonction leur imposait (à savoir, communiquer avec les détenus), ils  faisaient assez souvent la discussion à Erial. Au moins, sa santé mentale était garantie grâce à cela. Il leur parlait de tout et de rien, leur posait des questions sur leur vie et leur travail… Dans le seul but de ne pas être complètement seul.  
On peut aimer la solitude, on peut se complaire dans son isolement. Mais on ne peut pas vivre seul, on ne peut pas supporter la solitude pour l’éternité. L’être humain est sociable par définition. Tôt ou tard, la compagnie plus ou moins directe de ses pairs lui est nécessaire quoi qu’il veuille, quel qu’il soit.  


• • •

Ce jour-là, le mage de glace se laissa tomber sur ses barreaux qu’il caressait comme des animaux.

- Si frais…, murmura-t-il.

Quelques mèches de cheveux bleus passèrent entre les barres, comme de multiples langues cherchant à goûter la liberté hors de leur portée.
Erial releva ses yeux gris, toujours aussi nébuleux. Impossibles à percer. Toujours aussi fascinants. Ils semblaient animés de mouvements hypnotisants. Dans le brouillard, des filaments semblaient métalliques s’entrelacer plus ou moins lentement suivant les humeurs dissimulées de leur propriétaire. Voilà ce qui leur conférait ce magnétisme.
Des torches crépitaient de chaque côté de la cellule, produisant une harmonie agonisante qui ne s’arrêtait jamais, même de nuit. Proches des torches, les deux geôliers gardaient celui dont ils étaient chargés. Cela dit, parfois, ils le laissaient seul. Mais, à ce moment-là, Alternost avait auparavant entendu des pas. Logiquement, ils devaient être là.

- Oi… Dites-moi… Au final, vous en pensez quoi du Conseil… ?

La question traîna un long moment dans l’air, insolente et goguenarde, comme à chaque prise de parole de la part du jeune homme.
Histoire de faire passer le temps, il se mit à faire crisser son ongle sur la surface rouillée, y traçant des mots tels que « liberté », « justice » ou « changement ». La devise d’Erial, « avancer », n’apparut pas. Après tout, comment peut-on avancer dans une prison ? On ne peut pas avancer, c’est tout. On ne fait que stagner. Tôt ou tard, le passer nous rattrape et l’on sombre dedans, faute d’avoir quelque chose de nouveau ou des projets pour en détourner son esprit. Le mage déchu redoutait ce moment.
Au bout de quelques mots dessinés, une voix masculine bien connue des oreilles du détenu répondit à sa question :


- Ce sont nos supérieurs. Nous n’avons pas à les juger.

Un long soupir sans visage se propagea dans tout le couloir. Comme c’était décevant. L’Ice Maker ne prit même pas la peine de répondre quoi que ce soit d’autre. L’autorité abrutit les gens, les prive de leur libre-arbitre. Il ne pouvait pas en vouloir à cet homme pour être aussi stupide. L’entité à blâmer, c’était le Conseil.  

- Moi je pense que leurs décisions sont un peu bizarres, des fois… En fait, non, c’est le fait de ne rien décider qui est bizarre…, exposa la voix hésitante de la femme.

- Au moins t’as le mérite de n’pas être aussi hypocrite que ton cher et tendre… Vous savez, personnellement, j’les considère au même titre que les mages noirs. Ils privent les gens de leur vie ou de leur liberté.

Le silence tomba sur la scène. Erial s’imaginait ses geôliers réfléchir à ses paroles. Sûrement voyaient-ils où il voulait en venir. Et si ça n’était pas le cas…

- Vous savez pourquoi j’suis là ? Parce que j’ai sauvé des gens. Et comment j’ai sauvé des gens ? En sortant du moule établi par le Conseil. Ces gens-là ne savent pas c’qu’est le terrain. Ou alors, ils ne connaissent que les batailles rangées. Un mage noir, un vrai mage noir, n’a aucun honneur. Il tue ou se fait tuer. Point. J’suis dégoûté d’ces immondices et d’ceux qui sont censés les réprimer. Mais… (il se rit brièvement) Le comble, c’est Bunkatsu. Ca vous dit quelque chose… ? Elle cumule toute les tares, elle. Conseillère puis mage noir. Et puis, histoire d’enfoncer l’clou, elle vous a ridiculisés en sortant de c’te prison comme si de rien était. Vous y étiez ?

En réalité, Alternost n’attendait aucune réponse. Il n’espérait pas non plus gagner ses geôliers à sa cause. Ce dernier point n’aurait été qu’une sympathique conséquence de son objectif premier. Il ne désirait qu’une écoute. Semer les graines du doute pour qu’un jour fleurissent les roses du changement…  Ou de la rébellion.

- Vu l’temps que ça a mis pour qu’elle soit démasquée, vous vous imaginez que l’Conseil peut très bien être infiltré par d’autres dérangés ? A vrai dire, moi, ça m’arrangerait. J’me dirais que j’ai été jugé par des tarés, ce serait officiel. Tiens, d’ailleurs… Saviez-vous, très chers amis, que certaines de vos unités ont recours à la torture lorsqu’il s’agit d’un but plus… Mm… Noble ? Alors on coupe quelques doigts, quelques orteils à la famille de sa cible pour faire pression sur elle… Ah ! Qu’elle est parfaite cette justice ! J’aime beaucoup les paradoxes. Faire le mal pour le bien. C’est beau…


Faire le mal pour le bien…
Manichéisme stupide.
Il suffit de regarder les deux plateaux de la balance et de conserver le contenu du plus lourd. C’est ça, la justice. Tout est question de poids, de vies. De masses. Les masses qu’il faut disperser pour rendre à chacun son individualité.
Erial était capable de libre-arbitre, avait agi grâce à ce libre-arbitre et avait fait ce qui lui semblait juste. Il aurait aimé que d’autres possèdent cette liberté. Il aurait aimé libérer les gens, les rassembler sous cette bannière. Détruire les malfrats oppressant les populations et le Conseil les endoctrinant.
Peut-être que c’était ça, son véritable moyen d'absolution. A vrai dire, cela coulait même de source. Quand on a tué, quand on continue de tuer, c’est l’évidence même. Il n’y a rien de plus logique.
Il s’agit de sauver un maximum de vies et non de détruire ses ennemis. L’anéantissement de ceux qui le méritent n’est autre que le résultat du sauvetage des autres.
Un bruit métallique sortit le jeune homme de ses pensées. Sûrement l’un des deux geôliers avait fait tomber son jeu de clés. Ce tintement le ramena à la réalité.
Il était en prison, enfermé par son destin.
Rien ne l’en sortirait.
Alors, il recula, lentement, dégoûté du monde et de son incapacité d’avancer.
Arrivé contre le mur, Alternost se laissa glisser contre lui, étendant ses jambes sur la pierre humide. Il en replia une, posa son bras fléchi sur son genou.
Franchement, il aurait préféré une fin plus palpitante… Mais… On ne sait jamais ce que nous réserve le destin, non… ?
Un demi-sourire ironique se dessina sur les lèvres d’Erial.


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